La multiplication des déclarations, de politiques comme d’« experts » auto-proclamés, a perturbé le deuil. Le symptôme d’un mal national ?

Les leçons de Charlie Hebdo et du Bataclan n’ont pas été retenues. A vouloir réagir trop vite, à diffuser des images captées sur les réseaux sociaux sans tamis, certains médias télévisés ont sérieusement dérapé. La direction de l’information de France Télévisions a été contrainte de s’excuser pour la diffusion de certaines images. Notamment l’interview d’un homme agenouillé à côté du corps de sa femme, recouverte d’un drap. Des individus ont eu le vénal réflexe de filmer le carnage au lieu de porter secours aux victimes. Afin de les monnayer auprès des chaînes télévisées…

Après les cascades de témoignages, de papiers sur le vif, les experts sont entrés dans la danse pour apporter conseils, visions, jugements. Ce sont les politiques qui ont cette fois-ci outrepassé toutes les règles élémentaires de la décence. A dix mois de l’élection présidentielle et à onze des législatives, une partie de la droite a multiplié les algarades alors que le deuil national de trois jours n’était pas encore éteint. Guaino, Ciotti et Estrosi se sont surpassés dans l’outrance. Le Front National n’a pas pratiqué la surenchère : pas besoin, une partie des Républicains s’en chargeait. L’original et la copie, vieux débat.

De pseudo-experts succèdent aux vrais experts

Les journaux permanents comme les éditions spéciales papier et web ont donné la parole aux islamologues, aux psychologues, aux spécialistes du renseignement, du terrorisme… La difficulté à caractériser l’acte commis par l’homme de 31 ans a ouvert de nombreuses portes. Les Gilles Kepel, Jean-Pierre Filiu et autres Olivier Roy ont cotoyé des députés, des psychologues, d’anciens policiers. Un mélange des genres qui ajoutait à la cacophonie en lieu et place d’une nécessaire sérénité, alors que 84 cadavres jonchaient la promenade des Anglais et que des dizaines demeuraient en soins intensifs. A M’saken, en Tunisie, ville d’où est originaire le tueur, on s’est bousculé pour recueillir des fragments de vie. De l’info brute, sans réelle valeur ajoutée. Les leçons de Nice devront être analysées, tant la sidération a engendré de dérapages.

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