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Débats

L’Ouzbékistan, entre dégel et statu quo

L’ouverture du pays au monde après deux décennies de retrait et d’autoritarisme marque le retour de l’Ouzbékistan en Asie centrale et d’une manière plus générale dans le monde, nous explique Kader A. Abderrahim*.

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Le nouveau président Chavkat Mirziyoyev, qui entame une visite d’Etat en France les 8 et 9 octobre prochains, entend replacer son pays au centre du jeu avec la Russie et l’Europe. Libéralisation économique, restauration des relations avec l’étranger et réformes intérieures sont promises.

On peut déjà relever la tenue du sommet des chefs d’Etat d’Asie centrale, le premier depuis 15 ans en février 2018, est à mettre au crédit du nouveau dirigeant ouzbek.

Dans cet espace stratégique ce sont la Russie et la Chine qui fixent les orientations en fonction de leurs intérêts. L’objectif de l’Ouzbékistan est de tenter de peser sur les orientations générales. De se placer au point de mouvement du curseur, notamment dans l’Organisation de coopération de Shanghai (avec la Russie, la Chine, l’Inde et le Pakistan).

Mais avant d’envisager son redéploiement stratégique et diplomatique Tachkent doit régler les problèmes avec ses voisins (Tadjikistan, Turkménistan, Kazakhstan et Kirghizistan), trafic de drogue, tracé des frontières, terrorisme islamiste.

Déjà on peut porter au crédit du nouveau président Ouzbek d’avoir renouer et lancer des initiatives sur tous ces dossiers.

A la recherche d’un modèle local

Là où son prédécesseur blâmait la Russie pour « son impérialisme », l’actuel président ouzbek opte pour le bon voisinage et la coopération avec Moscou. Les réformes lancées depuis un an ont pour vocation d’explorer un modèle singulier, local adapté aux réalités régionales.

L’hypothèse d’une thérapie de choc a été écartée, le risque de déstabilisation est trop important. Le pays a peu de ressources naturelles, une forte densité de population et une jeunesse majoritairement au chômage. Tous ces critères ont conduit la nouvelle équipe aux affaires à prendre des mesures prudents qui s’inscrivent dans la durée.

Les hommes d’affaires sont désormais autorisé à conserver leurs devises. Les surfaces de terres cultivables au profit des primeurs augmenté au détriment du coton, l’Ouzbékistan est le 2e producteur mondial de coton, le résultat est spectaculaire les entreprises ont profité de ces nouvelles opportunités.

A ce stade il est beaucoup trop tôt pour faire une évaluation et tirer des conclusions. Toutefois, ont peut retenir que la volonté de réforme et d’ouverture, sont accompagnés de faits et par la mise en oeuvre d’une nouvelle politique en économie, en diplomatie, pour la presse et surtout d’une « dékarimovisation » de certains secteurs de l’Etat.

Changement au sommet de l’Etat

Des opposants au régime ont été libérés. La presse connaît un regain de liberté, et il est désormais possible d’évoquer les questions de politiques intérieures. Même si cela reste contrôlé et limité. Certains médias étrangers (BBC, Radio Free Europe ou Radio Liberty), peuvent à nouveau émettre. Par ailleurs les représentants d’ONG de droits de l’Homme ont à nouveau accès au pays.

C’est au sein de l’appareil d’Etat que l’on relève les changements les plus importants, avec la mise à l’écart d’anciens cadres des services de sécurité, comme Roustam Inoïatov, insubmersible et redouté chef de la police du régime d’Islam Karimov.

En revanche des hommes d’affaires ouzbeks ont acquis une influence au détriment des anciens cadres du régime. Comme souvent dans ce genre de situation la transition s’avère fragile. Le président Mirziyoyev parviendra t-il à mener à bien les réformes engagées et à gérer la colère des anciens cadres ? L’enjeu porte également sur la durée que mettront les réformes à produire des effets concrets pour la population.

La question de l’eau

Parmi les questions cruciales qui se posent à l’Ouzbékistan, celle de l’eau est majeure. Le déficit chronique est croissant et l’absence d’accord avec ses voisins depuis des décennies a aggravé la situation. L’arrivée de Chavkat Mirziyoyev a permis de parvenir à compromis avec le Tadjikistan sur la centrale hydroélectrique de Farkhad, en amont du fleuve Amour Daria. Les deux pays ont décidé que la centrale appartient à l’Ouzbékistan, tandis que le territoire où se situe la centrale elle-même appartient au Tadjikistan.

Par ailleurs Tachkent, a proposé à Douchanbé son gaz à un prix avantageux. Ces avancées ne peuvent masquer pour les deux pays un problème qui est chronique : l’eau pour le Tadjikistan et le gaz pour l’Ouzbékistan.

Le changement d’ère en cours, est porteur d’espoir et d’optimisme les réformes profondes et l’ouverture entamées en Ouzbékistan devraient permettre au pays de s’appuyer sur la coopération avec l’Europe, singulièrement la France pour envisager une autonomie énergétique et hydrique.

* Kader A. Abderrahim est directeur de recherches IPSE (Institut Prospective & Sécurité en Europe)

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