La Chine fait pression sur le Royaume-Uni, affirmant que les reportages dénonçant la situation des Ouïghours sont des fake-news.

C’est un convocation qui montre toute la complexité des relations entre la Chine et l’Occident. Alors que les Etats-Unis de Donald Trump n’avaient pas hésité à pointer le rôle de Pékin dans la répression contre les Ouïghours, les pays européens sont, eux, encore hésitants à critiquer Pékin. Et lorsqu’ils le font, la Chine monte au créneau. Après un article publié sur le réseau social chinois WeChat qui défendait le travail de la presse étrangère sur la Chine, l’ambassadrice britannique a été convoquée par le ministère chinois des affaires étrangères. Caroline Wilson avait, dans l’article en question, affirmé que « le fait que les médias étrangers critiquent les autorités chinoises ne signifie pas qu’ils n’aiment pas la Chine ».

Une façon de ménager la chèvre et le chou. Mais les Chinois ont rétorqué que l’ambassadrice britannique avait oublié d’évoquer « les fausses nouvelles et les reportages inexacts des médias britanniques concernant la Chine ». Une façon pour Pékin de tenter de décrédibiliser les médias qui parlent du travail forcé et des camps d’internement ouïghours. Pourtant, les preuves de crimes contre l’humanité désormais dévoilées, les médias britanniques et européens peuvent désormais parler des actes commis contre les Ouïghours. A condition de ne pas trop choquer Pékin… Car il en va des relations diplomatiques entre les pays européens et la Chine. Si Emmanuel Macron s’est bien gardé d’évoquer les droits humains avec Pékin ces dernières années, le Royaume-Uni commence enfin à élever la voix.

Une vérité qui fait mal et qui provoque, en Chine, des réactions dictatoriales. Le gouvernement chinois a en effet interdit BBC de diffusion après des reportages sur la situations au Xinjiang. Une situation similaire aux relations entre Pékin et l’Australie : Canberra a demandé une enquête indépendante après la diffusion du coronavirus sur la planète. Résultat : Pékin a commercialement puni le pays d’Océanie. Et alors que le Canada a parlé de « génocide » au Xinjiang, la Chine voit ses relations avec Trudeau brouillées. Nouvelle victime, donc, le Royaume-Uni. On le sait, le pays suit la politique américaine, mais c’est un bon début. Pendant ce temps, la France ferme les yeux sur ce que vivent les Ouïghours, pour préserver au maximum ses bonnes relations avec Pékin. Business is business.

Alors que la Chine tente de sauver la face, elle peut compter sur le silence de puissances comme la France. Certes, des dirigeants, comme le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, sont parfois obligés de dénoncer les actes anti-Ouïghours, tant ils sont abjects. Mais la frilosité est de mise au palais de l’Elysée, où l’on préfère dire que Pékin est souverain en son pays. En février dernier, Emmanuel Macron n’a, par exemple, par prononcé un seul mot sur les Ouïghours. C’est désormais à l’Union européenne de prendre des mesures et de donner le la. Mais les défénseurs des droits humains ont beau donner de la voix, le Parlement européen semble lui aussi bien réticent à l’idée de se brouiller avec la Chine.