Le CFCM lance une opération portes ouvertes pour montrer le vrai visage de l'Islam aux Français, un an après les attentats de Charlie Hebdo.

Pour commémorer les attentats du 11 janvier 2015, le CFCM organise une journée portes ouvertes dans les mosquées. Une opération de réhabilitation de l’Islam en France.

C’est une idée du Conseil français du culte musulman (CFCM). L’organisation présidée par Anouar Kbibech va proposer, le week-end prochain – les 9 et 10 janvier – une opération intitulée « un thé de la fraternité. » Le CFCM appelle notamment les responsables des mosquées de France à permettre au public de venir voir de plus près ce qu’est aujourd’hui l’Islam en France. « L’objectif est de commémorer l’esprit du 11 janvier, un an après les attentats de Paris de janvier dernier », explique Anouar Kbibech.

Être musulman n’est pas facile

A l’époque de la tuerie de Charlie Hebdo, plusieurs voix s’étaient élevées pour demander aux musulmans de France de se désolidariser des terroristes. A commencer par Philippe Val, l’ancien rédacteur en chef de Charlie, qui avait affirmé : « Les Anglais ont trouvé une belle formule, ils ont dit « Not In My Name », je pense qu’il faudrait qu’on entende ça en France. » « J’ai le sentiment que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés », avait alors répondu Rokhaya Diallo.

Il faut dire que, si les terroristes se réclamaient de l’Islam pour perpétrer leurs atrocités, les musulmans de France étaient avant tout touchés dans leur francité. Aux attentats avait succédé une véritable chasse aux sorcières. Dans un article publié sur Slate, intitulé « Ça ne doit pas être facile d’être musulman aujourd’hui », Jean-Marc Proust ironisait en proposant aux musulmans de « faire des journées portes ouvertes dans les mosquées », de tracter « dans les marchés en distribuant des pâtisseries » ou encore de porter un tee-shirt avec « Je vais à la mosquée et je ne mords pas » ou bien « 50 vierges, non merci, je préfère ma copine délurée ». »

La mosquée de Nancy

De plus en plus d’actes islamophobes

Pourtant, ils étaient bien là, les Français de confession musulmane, le 11 janvier dans la rue, avec leurs compatriotes, pour dénoncer les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris. Certes, ils s’étaient fondus dans la masse des millions de Français pour dire leur dégoût. Peut-être auraient-ils dû indiquer qu’ils étaient musulmans, avant de se sentir français ? « Quand va-t-on arrêter de demander aux musulmans de se désolidariser d’un acte terroriste ? », demandait alors, encore, Slate.

Depuis ces attentats, le nombre d’actes islamophobes a explosé. Jamais la France n’avait connu autant d’actes antimusulmans. C’est bien qu’il existe un problème de perception de l’Islam. Une perception tronquée par les discours islamophobes d’une partie de la classe politique. Une perception tronquée par des paroles racistes de plus en plus décomplexées. Ce mercredi matin, Elisabeth Badinter a notamment déclaré qu’« il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe. » Le Figaro demande, à propos de l’opération portes ouvertes : « La chaleur d’un thé fumant contribuera-t-elle à renouer la confiance ? »

Casser la méfiance

C’est cette islamophobie décomplexée qui a amené le CFCM a « montrer le vrai visage de l’Islam » aux Français non musulmans. « Les personnes qui viendront pourront poser toutes les questions qu’elles souhaitent, même les plus taboues, sur notre religion, la manière de faire la prière, autour d’un thé et de pâtisseries », assure le CFCM, pour qui « le but est d’initier un dialogue pour mieux de se connaître et casser la méfiance. » Une bonne raison d’en finir totalement avec les amalgames ? On verra.

Yassine Bannani

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