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L’ONU félicite le président camerounais pour son discours de paix

Ce mardi soir, le président camerounais a annoncé qu’il allait convoquer « un grand dialogue national » pour tenter de résoudre la crise anglophone qui secoue le pays.

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C’est un tournant historique. Alors que la « crise anglophone » secoue le Cameroun depuis fin 2016, le président Paul Biya a annoncé hier matin un allocution surprise pour le soir même. Ce mardi 10 septembre, à 20 heures, le chef de l’Etat a finalement pris la parole pour proposer une solution au le conflit qui oppose les séparatistes « ambazoniens » au reste du Cameroun. Depuis près de trois ans, les régions anglophones du Cameroun, qui réunissent environ 20 % de la population, sont plongées dans des scènes de violence, le discours de Paul Biya montre la volonté de mettre fin définitivement aux exactions sur place. Le chef de l’Etat en appelle à une réconciliation nationale, mais surtout au soutien international.

Dès le début de son discours à la Nation, le président camerounais a fait le point sur la crise anglophone. « Depuis la survenance de cette crise, je n’ai ménagé aucun effort, avec l’aide des Camerounais, pour rechercher les moyens d’une résolution pacifique. Dans un souci d’apaisement, j’ai même décidé de l’arrêt des poursuites judiciaires contre 289 personnes arrêtées pour des délits commis dans le cadre de cette crise. Dans le même ordre d’idée, j’ai adressé une offre de paix aux membres des groupes armés, les invitant à déposer les armes. Un comité national de désarmement a été créé. Les centres de désarmements accueillent de nombreux anciens combattants. Nous allons continuer à déployer les efforts nécessaires pour que ce processus soit pleinement opérationnel », a-t-il indiqué.

L’ONU « encourage le gouvernement camerounais à veiller à ce que le processus soit inclusif »

Depuis fin 2016, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays, les habitants vivent dans la peur d’actes de terreur. La dernière rentrée scolaire a été chaotique, certaines écoles ayant été fermées par les séparatistes. Le désordre social et économique, provoqué par des miliciens indépendantistes, agite jour après jour l’actualité : fin 2018, l’enlèvement de 79 élèves en zone anglophone avait ému la communauté internationale. Des ONG dénoncent également l’embrigadement d’enfants-soldats et le ministère camerounais de l’Education évoque le déplacement interne de plus de 6 500 mineurs ainsi que l’exploitation de jeunes filles. Comme cette fillette expliquant au Monde être « obligée de se prostituer pour survivre ». Selon Human Rights Watch, les « Amba Boys », en référence à l’« Ambazonie », ont tué des centaines de soldats et de policiers, agressé et enlevé des centaines de personnes.

Le discours de Paul Biya, s’il était une surprise, était cependant très attendu. Notamment pas la communauté internationale. Dans un communiqué, le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric indique que le secrétaire général de l’organisation, Antonio Guterres, « encourage le gouvernement camerounais à veiller à ce que le processus soit inclusif et réponde aux défis auxquels le pays est confronté ». Considéré comme un pôle de stabilité dans la région centrale d’Afrique, soumise aux violences et dont l’équilibre reste souvent fragile, le Cameroun a un rôle importante. Pour de nombreux experts, la crise anglophone doit rapidement être réglée pour ne pas déstabiliser cette sous-région d’Afrique. Le dialogue proposé par le président Biya sera présidé par le Premier ministre Joseph Dion Nguté et rassemblera les différentes composantes sociales, y compris des représentants des forces de défense et de sécurité, ainsi que ceux des groupes armés.

Un grand dialogue national avant fin septembre

Au-delà de la situation nationale, le chef de l’Etat veut prévenir des répercussions bien plus graves sur les pays voisins qui dépendent directement de la situation camerounaise. « Depuis la survenance de la crise dans les régions du NOSO, jamais le terme dialogue n’a été autant évoqué ou prononcé. A l’interne comme l’international, tout le monde y va de ses suggestions. Des fois réalistes, d’autres non. Des conseils ont afflué. D’aucun ont tenté des injonctions. Des initiatives multiples ont fleuri. Il y a toutefois lieu de dire que la prolifération de ces entreprises s’est parfois créée sur des idées nées de la propagande sécessionnistes. C’est le cas de la prétendue marginalisation des anglophones, du refus du dialogue, des violences contre les anglophones, ou encore les accusations ridicules de génocide », explique le président que convoquera donc, « dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national afin de répondre aux préoccupations des habitants du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de toutes les autres régions ».

Un discours qui renvoie les séparatistes à leurs responsabilités. Il demande que ceux-ci « déposent volontairement les armes » et promet à ceux qui s’y refuseraient de subir « toute la rigueur de la loi » et de « faire face aux forces de sécurité et de défense ». Le dialogue est donc proposé, mais la fermeté de rigueur. Paul Biya coupe ainsi l’herbe sous le pied de ses opposants. « Il est vrai que dans le cadre du dialogue, d’un processus de paix ou de réconciliation, il puisse être envisagé l’éventualité d’un pardon. Au terme de notre constitution, je suis habilité d’un droit de grâce. C’est d’ailleurs fort de cela que j’ai adressé une offre de paix aux membres des groupes armés lors de ma réélection. Ceux qui se désarment n’ont rien craindre. Nos camarades qui s’y trouvent déjà peuvent en témoigner. Ceux qui persistent feront face à nos forces de défense et subiront toute notre rigueur. Il en est de même pour les promoteurs de cette haine, depuis l’étranger, ils devront tôt ou tard rendre des comptes à la justice », a poursuivi le chef de l’Etat.

Le Cameroun en appelle aux pays voisins

Paul Biya en appelle à ses voisins, à ces « pays qui abritent ces extrémistes ». « La plupart n’ont plus la nationalité camerounaise, mais ils passent leur temps à lever de l’argent, lancer des mots d’ordre pour empêcher les enfants d’aller à l’école, organiser des attaques et des tueries, planifier les destructions d’écoles et d’hôpitaux », a déploré le président de la République qui sait que la communauté internationale « fonde de grands espoirs » après cette annonce. « Elle espère y voir la chance de tourner cette page douloureuse et de retrouver une vie normale. Elle veut y voir notre pays poursuivre sa marche vers le progrès », continue Paul Biya. Reste désormais à savoir comment sera accueilli ce discours par les protagonistes eux-mêmes. « Je saisis l’occasion pour réitérer mes condoléances et celle de la Nation à eux qui ont perdu des êtres chers dans le cadre de cette crise. J’adresse un message de réconfort aux blessés et leur donne l’assurance qu’ils peuvent compter sur la solidarité du Président et de la Nation entière », a conclu Paul Biya, dont l’intervention doit permettre de transformer une situation très difficile en opportunité politique.

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