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« Wonder Woman », festival Mwasi : la non-mixité, une nécessité

La non-mixité est régulièrement remise en question. Mais ce moyen de lutte a, depuis le début des années 1960, montré qu’il était indispensable.

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Voilà une affaire de non-mixité qui a fait, en France, bien moins de bruit que celle du festival afroféministe Mwasi. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, elle a provoqué un tollé. Avant la sortie de « Wonder Woman », plusieurs cinémas américains ont en effet organisé des projections de ce film exclusivement réservées… aux femmes. Ces séances, qui doivent se dérouler demain, ont un objectif politique : dénoncer le sexisme latent et permettre de récolter des fonds pour le Planning familial américain, que le président Donald Trump voudrait bien voir disparaître. La non-mixité peut choquer, mais ce nouvel épisode est l’occasion de rappeler qu’elle a toujours été essentielle dans les différentes luttes. Comme l’explique Christine Delphy, sociologue spécialiste des questions sur le genre, cette non-mixité choisie est une réponse à la non-mixité non choisie, celle qui a longtemps prédominé et qui dure encore. Que ce soit pour les femmes ou pour les personnes racisées.

La non-mixité pour libérer la parole

« Dans les années 60, elle a d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour les droits civils, qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes fermés aux blancs. C’était — cela demeure — la condition pour que leur expérience de discrimination et d’humiliation puisse se dire, pour que la rancœur puisse s’exprimer — et elle doit s’exprimer », résume Christine Delphy. Que ce soit en matière de racisme ou de féminisme, la non-mixité est donc un moyen pour les personnes qui en sont la cible de dialoguer librement, mais surtout de s’émanciper enfin. Pour Caroline de Haas, cofondatrice de l’association Osez le féminisme, pour l’avoir testée, la mixité « ne garantit pas l’égalité. » Et à ceux qui lui reprochent un racisme ou un sexisme inversés, la féministe répond : « Vous comparez une réunion d’une durée limitée, rassemblant un nombre restreint de personnes à un système politique, économique, social dans lequel nous vivons chaque jour ? » CQFD.

Féminisme vs. féminisme des dominantes

Car c’est bien là le nœud du problème : comment peut-on critiquer des réunions non-mixtes en omettant les discriminations structurelles qui ont droit de cité dans notre société ? Nous vivons dans une société dans laquelle on rappelle systématiquement aux femmes qu’elles sont des femmes, aux Noirs qu’ils sont des Noirs ou aux musulmans qu’ils sont musulmans. Et dès qu’une réunion en non-mixité a lieu, c’est le scandale. En s’érigeant contre des réunions de femmes ou de femmes noires en non-mixité, les délateurs accusent les victimes de discriminations de tous les maux. Pour la simple raison qu’ils perdent le contrôle des choses. Pour le festival Mwasi, ces délateurs font partie du « féminisme des dominantes, qui estiment incarner à elles seules la défense des droits des femmes, mais oublient — ou refusent de voir — la complexité du réel, ou bien n’acceptent pas que d’autres voix que la leur se fassent entendre », comme l’explique Marie-Cécile Naves dans une interview à relire ici.

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