Une sociologue a travaillé sur les motivations des femmes à porter le niqab. Au-delà des idées reçues, Agnès de Féo explique que le port du voile intégral n’a rien à voir avec de l’aliénation.

Agnès de Féo est sociologue et documentariste. Elle a effectué « dix ans de recherche auprès de femmes en niqab », explique-t-elle dans un article dans Slate, dans lequel elle explique que, si « le grand public continue de croire en leur aliénation », il pourrait en être totalement autrement. Selon la sociologue, la démarche des femmes en niqab, « en refusant la jouissance du regard masculin sur leur corps, se rapproche davantage d’une revanche féministe et d’une forme de castration symbolique des hommes. » Pour Agnès de Féo, il en est de même « pour le hijab, le jilbeb et le burkini. » Alors, pourquoi les médias et le grand public ne cessent de penser que ces femmes sont aliénées ou obligées par les hommes à porter ce voile intégral ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas tenté de comprendre leurs motivations.

Le rapport aux hommes au centre des préoccupations des munaqabats

En effet, pour certaines d’entre elles, le niqab est une simple réponse au harcèlement, qui touche quotidiennement les femmes dans l’espace public. « Je suis tranquille maintenant, plus personne ne me parle. La drague dans la rue a entièrement disparu. Et les hommes baissent la tête », explique une niqabée à Agnès de Féo. Cette dernière a d’ailleurs dresse le portrait des femmes portant ce vêtement : « Le rapport aux hommes est au centre des préoccupations des munaqabats. C’est un rapport complexe et ambigu qui s’explique par leur difficulté à trouver un partenaire masculin pour partager leur vie, explique-t-elle. La grande majorité de ces femmes est célibataire, en recherche de l’homme idéal. Cette dernière a pu susciter chez certaines le désir de porter le niqab. »

Les interviews recueillies par la sociologue sont étonnantes. Là où on opposerait volontiers le féminisme pratiqué par la mouvance Femen et les femmes portant le niqab, les principales intéressées sont plus nuancées. « Je soutiens l’égalité homme-femme, explique l’une d’elles. Je suis très féministe dans l’âme. » Comme de nombreuses munaqabats, elle préfère préciser qu’elle n’est « soumise qu’à Dieu » et « pas à (son) mari. » Des témoignages comme celui-là, Agnès de Féo en a recueilli de nombreux. La sociologue regrette que, en 2010, avant que ne soit votée la loi anti-burqa, une seule femme portant niqab n’ait été auditionnée par la commission parlementaire chargée du dossier. « Ces femmes ont vu leur destin manipulé par des politiques et des personnalités publiques qui n’avaient jamais eu le moindre contact avec elles », déplore Agnès de Féo.

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