Notre chroniqueur décrypte la communication de Nicolas Sarkozy en vue de la présidentielle et se demande s'il est le Trump français.

L’identité nationale n’existe pas. Elle est pourtant au cœur du projet présidentiel de l’ancien Président, qui souhaite retrouver en 2017 son fauteuil perdu en 2012. Son point de départ est une conception étroite, pessimiste, clivante de la société française.

Bien sûr, il y a chez Sarkozy un programme économique, européen, social, fiscal. Mais tout le projet est traversé par l’impératif identitaire de l’« entre soi ». Les immigrés sont l’ennemi. Délinquants, assistés, profiteurs du système… L’antienne buissonnienne de 2012 est de retour, pire qu’il l’avait laissée. La fin du regroupement familial est censée mettre un terme au gaspillage d’argent public, ces allocations familiales, cette aide médicale d’Etat que les immigrés viennent chercher en France… Alors que l’on sait très bien qu’ils cherchent surtout du travail. Ceux qui émigrent vers l’Europe sont avant tout les plus diplômés, les plus qualifiés, les moins démunis (sinon, comment payer le voyage ?)

Sarkozy instrumentalise également la laïcité en détournant l’esprit de la loi de 1905 puisqu’il voit notre pays comme devant réaffirmer ses racines chrétiennes et exclure l’Islam. Il souhaite l’interdiction du voile à l’université et dans les entreprises, le bannissement du burkini des plages. En somme, il prône l’invisibilité de l’Islam, ou plutôt des femmes musulmanes. Belle conception de l’égalité des sexes. Musulman(e)s, ne vous montrez pas, ou alors assimilez-vous ! (à quoi ?)

Stigmatiser, discriminer, c’est se priver de richesses immenses

Faire montre d’une telle défiance vis-à-vis d’une partie de la population, dont des millions de Français (à partir de quand cesse-t-on en effet d’être un immigré dans les représentations collectives de la droite française ?), c’est non seulement contraire à l’histoire et aux valeurs de la France, c’est aussi se priver de richesses économiques, culturelles et linguistiques. Comment ne pas voir que savoir parler arabe est un atout dans la mondialisation ? Comment écarter d’un revers de main les potentialités de l’économie du halal (mode, cosmétique, finance, etc.) ? Comment ne pas comprendre qu’un discours comme celui de Sarkozy décourage les investissements étrangers en France – non seulement des pays arabo-musulmans, mais aussi des pays anglo-saxons qui nous voient comme une nation intolérante et excluante – ?

Ne nous trompons pas. C’est cette défiance et non le pluralisme culturel qui mine la cohésion sociale. On pourrait attendre, de la part d’un candidat à la présidentielle, une vision optimiste du pays, une confiance en l’avenir. C’est tout le contraire avec Sarkozy. Le déclinisme a donc trouvé en lui l’un de ses hérauts privilégiés. En ce sens, il ressemble en bien des points à un homme politique qui fait les gros titres de la presse depuis un an : Donald Trump. Il affirme du reste s’en inspirer.

Sarkozy, le Trump français ?

Jusque dans le style, les outrances, et les contradictions du programme, Sarkozy semble en effet avoir beaucoup emprunté au candidat républicain aux élections présidentielles américaines. Ce dernier promet le retour à un passé idéalisé, à une nation fermée sur elle-même. Il se veut « le porte-parole de l’Amérique blanche qui craint de disparaître », comme l’écrit Marie-Cécile Naves dans « Trump, l’onde de choc populiste » (FYP Editions, août 2016). Comme Trump, Sarkozy glorifie une société sans Islam, blanche et chrétienne. Comme Trump, Sarkozy entend fermer les frontières migratoires et économiques. Comme Trump, Sarkozy se prétend le représentant des « petits », des classes populaires, alors qu’il n’a cessé d’appartenir à la classes des dominants, d’entretenir ses privilèges et de se servir du système. Où sont les vrais profiteurs de l’Etat ?

La haine est devenue un moteur politique en démocratie, des deux côtés de l’Atlantique. La France ne fait pas exception. A la société civile de se ressaisir pour faire émerger un autre projet, loin des peurs et des fantasmes. C’est notre responsabilité.

Karim Idrissy

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