La France, en pleine célébration de sa fête nationale, a été violemment frappée par l’horreur terroriste. 84 personnes au moins ont été tuées jeudi soir, 18 autres blessées et demeurant en urgence absolue, après qu’un camion a foncé dans la foule venue assister au feu d’artifice du 14 juillet.

Convoi de l’horreur, fossoyeur mortiphère conduit par une haine menant à une deshumanisation d’autrui, à une banalisation de l’atroce. Du feu d’artifice festif, c’est au feu réel, concret, celui qui tue et qui détruit, que nous sommes passés en l’espace d’un instant. Aujourd’hui l’aube est moins claire, l’air semble moins chaud, le ciel moins pur. Et persiste une tristesse, une amertume qui ne nous quittent presque plus ces derniers mois. Les astres de l’azur sont ternis par l’obscurité d’une absurdité sanglante, nos yeux, éblouis par l’été ensoleillé, se remplissent désormais de larmes. Deux kilomètres de vie ont été balayés, deux kilomètres d’horreur étalés le long de la mythique promenade des Anglais.

Mettre les drapeaux en berne est le nouveau rituel

La terreur ne doit pas devenir la banalité quotidienne, l’urgence et l’exception générées par la peur ne doivent pas devenir la règle. Un réel fléau ronge notre société : cet acte témoigne – une fois de plus, malheureusement – d’un fossé qui se creuse. Mettre les drapeaux en berne devient un nouveau rituel. Puis les divisions encore se creusent, nous aspirant dans ce qui ressemble à un cercle vicieux, infernal, insensé. Ceci ne peut devenir l’horizon à venir. La société est déchirée, pansons ses plaies avant qu’elle ne soit totalement décharnée et que ne subsistent que des ruines qui nous dépassent…

Bien peu de chaleur en nos coeurs endeuillés en ce moment dramatique mais quelques mots de Paul Eluard me reviennent comme un souffle de vie, un léger pansement de l’âme :

La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours,
Au bout du chagrin,
Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée,
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, faim à satisfaire,
Un coeur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager

Karim Achoui

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