Le nouveau Premier ministre israélien, Naftali Bennett, a conclu ce lundi sa visite officielle en Egypte. Il a rencontré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Le jour-même, l’aviation israélienne bombardait la bande de Gaza.

Quelques heures après le début des bombardements des forces d’occupation israéliennes à Gaza, ce lundi 13 septembre, l’heure était aux retrouvailles en Egypte. A Charm el Cheikh, dans l’est égyptien, l’autoritaire président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a reçu le Premier ministre israélien Naftali Bennett. Il s’agit de la première visite d’un chef du gouvernement de l’entité sioniste en Egypte depuis plus de 10 ans.

Alors que le président égyptien pensait que la réponse à cette invitation, adressée depuis le mois d’août, renforcerait sa position autoproclamée de médiateur « du conflit israélo-palestinien », la relance du processus de la paix escompté par al-Sissi n’aurait pas eu lieu. Pour Naftali Bennett, sa présence en Egypte relevait du « renforcement des liens entre nos deux pays » et du « travail vers l’établissement d’un futur plus stable, sécurisé et prospère pour la région ». Cela n’a pas empêché al-Sissi de manifester sa joie devant le leader israélien.

Une histoire de gaz et de « lutte antiterroriste »

Afin de sauver les meubles, les médias de l’Etat égyptien parlent d’enjeux économiques et sécuritaires entre l’Egypte et Israël. De quoi faire grincer des dents la majorité des pays arabo-musulmans. Si, en effet, le gazoduc arabe, par lequel l’Egypte exporte le gaz naturel au Liban, en Syrie et en Jordanie, contournait le sud de la Palestine occupée depuis des décennies, les choses ont bien changé. En février, Abdel Fattah al-Sissi a accepté que l’entité sioniste installe des embranchements afin d’obliger les pays cités à acheter le gaz pillé en Palestine. Le centre de distribution d’El-Arich, dans le Sinaï, est exploité conjointement depuis.

Pour Abdel Fattah al-Sissi, cette concession s’est faite en contrepartie d’un soutien israélien dans la guerre unilatérale que le maréchal mène contre les tribus nomades du Sinaï, au nom de la lutte antiterroriste. Avec le Sinaï qui, depuis 2014, est une région coupée du monde, rien ne prouve la présence d’éléments de l’Etat Islamique. L’offensive de l’Egypte contre le groupe terroriste en 2013, sous le défunt président renversé Mohamed Morsi, avait libéré l’Est du Sinaï de la menace terroriste. Seulement voilà, depuis le massacre des Frères musulmans et le coup d’Etat d’Abdel Fattah al-Sissi en Egypte, l’actuel chef d’Etat égyptien fait tout pour promouvoir cette guerre dans le Sinaï.

La paix avec Israël, un cadeau empoisonné

De nombreuses ambigüités entourent donc cette visite de Naftali Bennett en Egypte. Ce qui n’est pas sans rappeler qu’Israël tente depuis des mois de rallier encore plus de pays de la région MENA avec les accords d’Abraham. Signés par le Soudan, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et le Maroc, ces accords de normalisation avec l’Etat d’apartheid ne s’arrêteront pas à mi-chemin. Avec une partie obligeant les Etats signataires à reconnaitre Israël, et une seconde partie, plus ambiguë et moins applicable, visant une solution à deux Etats en Palestine, une éventuelle adhérence de l’Egypte serait une catastrophe pour la cause palestinienne.

En 1979, l’Egypte sous Anouar el-Sadate était le premier pays arabo-musulman à signer un traité de paix avec Israël. En contrepartie, l’Egypte a subi des années de boycott lors du dernier mandat d’el-Sadate. Après l’assassinat de ce dernier en 1981, aucun représentant des pays arabo-musulmans n’a assisté aux funérailles. Et il avait fallu à son successeur, Hosni Moubarak, des années d’apaisement pour que l’Egypte retrouve sa place privilégiée, un héritage du grand Gamal Abdel Nasser. Clairement, Abdel Fattah al-Sissi n’a rien appris de la fin humiliante d’Anouar el-Sadate.