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#MosqueMeToo : une campagne qui pose question

Lancé il y a deux semaines, le hashtag #MosqueMeToo est rapidement devenu viral, mais il soulève certaines interrogations. Retour sur ce mouvement. 

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Le hashtag #MosqueMeToo et les témoignages lui étant associés ont largement été repris dans les médias ces derniers temps, suscitant de nombreuses réactions de soutien, d’indignation, mais aussi de haine…

Et comme tout mouvement lancé sur les réseaux sociaux, la viralité qui s’en suit impose la prudence. Il s’agit de savoir désormais si cette campagne pourra permettre une libération de la parole efficace des femmes musulmanes et de savoir et à qui elle profitera vraiment. Une question qui se posait déjà pour les mouvements #BalanceTonPorc et #MeToo. 

Tout a commencé le 2 février dernier, lorsque Sabina Khan, une Pakistanaise a publié un long post sur Facebook, partageant une douloureuse expérience lors de son pèlerinage à La Mecque. Dans son témoignage, aujourd’hui supprimé, elle expliquait comment, en plein tawaf, elle avait senti une main sur sa taille, croyant d’abord à un geste maladroit, une « erreur ». Un geste qui s’est pourtant répété, la jeune femme réalisant alors qu’on essayait de lui pincer les fesses. 

Son post a suscité de nombreux commentaires et environ 2 000 partages. Suite à ce récit, Mona Eltahawy, journaliste américano-égyptienne, auteure de « Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle » (Belfond) a décidé de lancer #MosqueMeToo. 

« J’ai partagé mon expérience d’agression sexuelle pendant le Hajj en 1982 alors que j’avais 15 ans, dans l’espoir que cela aiderait les femmes musulmanes à briser le silence et le tabou qui entourent leur expérience de harcèlement ou d’agression sexuelle pendant le Hajj ou dans des lieux sacrés », écrit-elle sur Twitter.

De nombreuses autres femmes ont alors suivi le mouvement et apporté leurs témoignages, mettant à jour une vérité bien dérangeante. Difficile en effet d’imaginer que dans un des lieux considérés comme les plus saints, de telles violences puissent être commises.

Le harcèlement sexuel, un vaste problème de société 

Cependant, le choix même du hashtag #MosqueMeToo est quelque peu problématique. Peut-on généraliser ces cas de harcèlement sexuel à La Mecque à l’ensemble des mosquées ? 

Il y a certes un souci de sexisme dans les lieux de culte musulmans dont « la critique est antérieure au #MeToo et #MosqueMeToo », rappelle la sociologue Hanane Karimi, et porte-parole du collectif Les femmes dans la mosquée. Mais pour le moment, les accusations de harcèlement sexuel semblent surtout se concentrer sur La Mecque. 

Il convient aussi de souligner que dans toutes nos sociétés consuméristes, la femme est encore bien souvent considérée comme un « objet sexuel ». Le harcèlement n’épargne donc malheureusement aucun milieu social, professionnel ou confessionnel. « La société française est patriarcale, qu’on soit musulman ou non, on en a intégré les codes », souligne la professeure de Lettres et militante Karima Mondon.

Mais ce hashtag a bien évidemment aussitôt été repris par les xénophobes et islamophobes. Ayant déjà fait leurs choux gras de l’affaire Tariq Ramadan, cette campagne n’a fait que continuer de nourrir les stéréotypes sur les musulmans et en particulier sur les hommes. 

On peut d’ailleurs se poser la question : Quelle parole a été la plus libérée grâce à hashtag ? La parole des musulmanes ? Des islamophobes ? 

Il est peu probable que dans ce contexte, la parole des femmes ait été écoutée avec attention et prise en compte. D’autant que, pour un certain nombre de musulmans, il est aussi très facile d’étouffer ces témoignages sous prétexte qu’il « saliraient » l’Islam, reproche qui a également été fait à Mona Eltahawy.

Cette féministe est loin de faire l’unanimité dans le monde musulman et même auprès des femmes (elle est notamment l’auteure d’un article très controversé paru en 2012 et intitulé « Pourquoi nous détestent-ils ? : La vraie guerre contre les femmes au Moyen-Orient »). Mais le harcèlement dont elle a été victime sur la toile et les propos sur son physique n’avaient pas lieu d’être. Elle semblait toutefois connaître les conséquences du lancement d’un tel hashtag. 

« Je suis consciente que les femmes musulmanes sont prises en étau entre les islamophobes qui diabolisent tous les hommes musulmans et notre communauté qui défend tous les hommes musulmans », a-t-elle fait savoir à un journaliste de Slate, Aymann Ismail.

« Le sexe est tabou dans toute communauté religieuse, mais nous ne pouvons plus éviter d’en parler »

A ce propos, Aymann Ismail nuance et écrit dans un article: « Nous ne pouvons pas ignorer et traiter cette affaire comme un « problème de femme » lorsque les auteurs sont si souvent des hommes. C’est seulement en prenant nos responsabilités que nous pouvons combattre un problème d’une telle envergure. Je suis bien conscient qu’en tant qu’homme musulman, cette responsabilité m’en incombe. Je félicite mes sœurs courageuses d’avoir exprimé leurs préoccupations et je veux qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules. »

« Je pense que cette réalité à été difficile à accepter pour certains, surtout en France. Des musulmans ont pu se sentir agressés, mais on ne peut pas rester dans le déni. Il faut que les musulmans prennent ce problème à bras le corps. Nous devons aider les filles à se défendre », renchérit Karima Mondon. 

Désormais, après cette vague de témoignages, il serait en effet regrettable que ceux-ci tombent dans l’oubli ou soient déconsidérés. Il s’agit donc de se poser les vraies questions. A savoir : que font ou feront les autorités saoudiennes — où les droits des femmes sont bafoués depuis des décennies — pour sanctionner les mauvais comportements et pour assurer davantage de sécurité aux femmes ? Seront-elles contraintes d’être séparées des hommes ? Les imams n’ont-ils pas non plus leur rôle à jouer auprès des fidèles pour aborder ces sujets délicats, trop peu évoqués ? 

Il en revient de la responsabilité de chacun et c’est ce que souligne Aymann Ismail : « En tant que musulmans, nous sommes religieusement tenus de nous protéger les uns les autres. C’est à nous d’empêcher que ce genre de violence ne se produise à l’avenir. Le sexe est tabou dans toute communauté religieuse, mais nous ne pouvons plus éviter d’en parler. »

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