Avec la fermeture de plusieurs mosquées depuis la proclamation de l’état d’urgence, beaucoup d’individus se posent la question de la nécessité d’une mosquée et de son but. Surtout, les mosquées appellent à tous les fantasmes dans l’imaginaire collectif : salles occultes où se préparent des complots terroristes contre la France, où les femmes sont mises à mal, etc. S’il est vrai que certaines soi-disant « mosquées » ont pratiqué ce type d’opérations, il faut combattre ces préjugés qui consistent à dire que mosquée = terrorisme, et devenus trop courants dans notre société à travers un retour aux sources qui ne peut qu’être salutaire. Dans le Coran, Dieu s’exprime dans la sourate An-Nur, en affirmant :

« Allah est la Lumière des cieux et de la terre » (Sourate An-Nur, verset 36).

Quelques lignes plus loin, revenant sur la cette Lumière, Dieu soutient que :

« Cette lumière est maintenant allumée dans des maisons à l’égard desquelles Allah a commandé qu’elles soient élevées et que Son nom soit souvent souvenu » (Sourate An-Nur, verset 37).

C’est d’autant plus vrai qu’avec l’avènement du Ramadan, d’aucuns vont y voir une période où des soi-disant complots sont tramés contre la Nation. Il faut donc savoir raison garder sur la question des mosquées, même si l’existence des mosquées prêchant des idées contraires aux principes républicains et islamiques existent.

Mais quel est le but premier d’une mosquée ? La mosquée incarne dans le Coran un symbole d’ouverture et de tolérance puisqu’elle vise à être hospitalière. En effet, le Prophète de l’islam – paix soit sur lui – avait invité une délégation de chrétiens de Najran à faire leur messe dans sa propre mosquée. L’opinion de Maïmonide, l’un des plus grands penseurs du monde judaïque, est très connue : dans l’absence de synagogue, le Juif peut prier dans une mosquée. Bien que ces symboles de tolérance soient importants, il ne faut pas oublier que le but premier d’une mosquée est l’adoration de Dieu. En effet, il ressort de la sourate Al-Dhariyat, verset 57, que l’homme a été créé pour adorer Dieu.

Il est également important de rappeler que lorsque la notion de mosquée est évoquée dans le Coran, elle ne concerne pas nécessairement les musulmans ou les chrétiens ou les juifs. Elle vise l’Humanité dans son ensemble, lui attribuant ainsi un rôle essentiel et fédérateur dans une communauté.

En réalité, annoncer l’ouverture d’une mosquée revient à annoncer une grande nouvelle pour la communauté locale. D’abord, qu’elle accueillera des individus avec des qualités morales intransigeantes. Ensuite, que cette mosquée pourra permettre de fédérer au-delà du cadre des seuls musulmans. Il va s’agir de la présence d’un lieu de culte toujours ouvert pour accueillir une personne dans le besoin.

C’est la raison pour laquelle les attitudes visant à laisser des pieds de porc dans les mosquées ou encore à taguer des éléments islamophobes sur les portes de celles-ci n’apportent pas grand-chose à part briser la cohésion sociale qu’une mosquée peut apporter. En France, les lieux de culte sont partie intégrante de la tolérance et la tradition républicaine qui conçoit la possibilité de librement pratiquer le culte.

C’est ainsi que cette mosquée doit être une force centrifuge citoyenne et non l’objet de débats aussi interminables qu’exsangues au sein des conseils municipaux. Notre tolérance passe par la reconnaissance des besoins de chacun, et notamment des croyants. Enfin, il ne faut oublier de mentionner que les vraies mosquées sont celles dans lesquelles la paix et l’union sont de mises, et pas l’inverse.

Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, auteur spécialisé sur les questions d’Islam et de laïcité. Retrouvez ici sa page Facebook.

Bibliographie : Massignon Louis. La Mubâhala. Étude sur la proposition d’ordalie faite par le prophète Muhammad aux chrétiens Balhàrith du Najràn en l’an 10/631 à Médine. École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire 1943-1944. 1942. p. 11