Sherin Khankan, écrivain et analyste politique réputée au Danemark, a initié une nouvelle mosquée à Copenhague, fréquentée et totalement dirigée – y compris pour les prêches du vendredi – par des imams femmes.

Copenhague a été le cadre d’une première historique le 26 août dernier. Dans une mosquée aménagée dans un appartement du centre-ville, la mosquée « Mariem », la prière du vendredi a été conduite par une femme. A l’origine de cette initiative originale, une figure médiatique connue du pays : Sherin Khankan. A 41 ans, la fondatrice de la mosquée est née d’un père syrien et d’une mère finlandaise, et est une auteur et une commentatrice reconnue de la vie politique danoise. Ce vendredi-là, elle a lancé l’appel à la prière, tandis que Saliha Marie Fetteh, une Danoise convertie à l’Islam, a délivré le prêche traditionnel, sur « les femmes et l’Islam dans le monde moderne », suivi par une soixantaine de pratiquantes de diverses confessions.

La mosquée « Mariem » n’est pas à proprement parler la première mosquée au monde 100% féminine : la plus ancienne encore en activité se trouve en Chine et date de 1820, tandis que l’Afrique du Sud en a ouvert une en 1995. Une universitaire musulmane et féministe américaine, Amina Wadud, a conduit des prières à Oxford en 2008  et la Women’s Mosque of America a ouvert ses portes aux fidèles l’année dernière,à Los Angeles. Sherin Khankan, avait ouvert officieusement son lieu de culte en février dernier. Des cérémonies religieuses – cinq mariages, dont certains inter-confessionnels – y ont déjà été organisées. L’inauguration officielle a dû être reportée fin août, le temps de recruter des imams femmes ; elle compte d’ailleurs en former au sein de sa mosquée.

Abattre des préjugés tenaces

Pour Khankan, il s’agit avant tout « d’attirer une nouvelle génération de femmes musulmanes, qui ont l’impression de ne pas se sentir chez elles dans les mosquées traditionnelles ». Si l’imam mûrissait l’idée depuis une quinzaine d’années, elle s’est vue obligée de reporter sa concrétisation du fait d’une vague islamophobique en Occident depuis les attentats du 11-Septembre – y compris au Danemark, où a éclaté en 2005 l’affaire des caricatures du Prophète Muhammed.

Mais elle entend faire évoluer les mentalités et abattre certains préjugés tenaces sur la place et les rôles de la femme en Islam. « Notre mosquée est notamment inspirée par le mouvement féministe musulman des années 1970. Nous ne voulons pas délégitimer les autres mosquées, seulement créer une nouvelle communauté », a-t-elle ainsi déclaré le jour de l’inauguration. « Ce que nous faisons n’est pas contraire à la doctrine ; d’ailleurs, Aïcha, la femme du Prophète, a conduit la prière pour des femmes », avance-t-elle pour justifier son projet.

Déterminée face aux détracteurs

Un projet appuyé par certains – des politiques locaux, en particulier – mais davantage critiqué par les membres de la communauté musulmane. Wasseem Hussein, directeur de l’une des plus grandes mosquées de la capitale danoise, s’interroge. « Devrions-nous aussi bâtir des mosquées uniquement pour les hommes ? Si c’était le cas, nous assisterions à des montagnes de protestations de la population danoise », a-t-il commenté au quotidien national Politiken. Ces critiques, Khankan n’en a cure. « Quand on conteste des structures patriarcales, on doit s’attendre à une opposition. Je n’écouterai pas les détracteurs ».

Yassine Bannani

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