Dans la nuit du 13 au 14 septembre, Yacine Ben Kahla est retrouvé mort dans une cave de Aulnay-sous-Bois. Depuis, sa famille cherche à comprendre ce qui lui est arrivé suite à la découverte de plusieurs incohérences dans la version officielle. Bilel, le frère de Yacine, revient sur l’affaire et sur ses suites.

LeMuslimPost : Que s’est-il passé la nuit où Yacine a été tué ?  

Bilel : Mon frère Yacine était avec des amis. Il était inscrit en formation pour la conduite de camions poids-lourds. Cette semaine-là, il travaillait en entreprise, donc il pouvait rester éveillé plus tard le soir. Ils sont restés ensemble jusqu’à 4 heures 30 du matin. Ma mère l’a appelé à 4h40 précisément, il lui a dit qu’il était en train de rentrer, tout semblait aller bien à ce moment-là. C’était notre dernier contact avec lui.

Il a ensuite été retrouvé à 10 heures du matin par un agent de dératisation dans le couloir de la cave de notre immeuble face contre terre, avec des blessures sur le visage, sur les mains, le thorax et le haut des genoux, avec de la cocaïne à côté de lui, le pantalon baissé et le caleçon baissé et une barre de fer en dessous de lui. La police a été appelée mais, étrangement, personne n’a vu de camionnette de la police scientifique.

Ils ont embarqué le corps et, deux heures après, ils ont annoncé à ma sœur qu’il avait fait une overdose. Il y a eu plusieurs versions de la police : au début, c’était du doliprane, puis de la cocaïne pure à 65 % pour ensuite nous dire à 100 %.

Que vous disent les autorités concernant les blessures de Yacine ?

Ma famille et moi avons demandé aux enquêteurs quel type de blessures il avait, ils nous ont répondu : « Juste une petite blessure au front due à sa chute. » Quand nous sommes allés le voir à l’institut médico-légal (IML), nous ne pouvions voir que le côté droit du visage à travers la vitre, et là, nous avons pu constater des hématomes côté droit, une blessure à la paupière haute, une petite blessure au nez et une blessure à la lèvre.

La seconde fois ou nous nous sommes rendus à l’IML, Yacine nous a été présenté côté gauche, nous avons pu voir de gros hématomes sur la tempe et la blessure sur le front de forme circulaire était très enfoncée. Et il avait des hématomes sur la joue. Ensuite, nous avons su qu’il avait des blessures sur les mains, le thorax et le haut des genoux.

On ne comprend pas pourquoi on cache ce genre d’éléments à une famille en deuil. On ne supporte pas qu’il n’y ait pas eu de réelle enquête. La piste criminelle a été écartée immédiatement. Actuellement, ils enquêtent juste sur les produits stupéfiants.

« On nous a dit qu’on ne pouvait pas porter plainte »

Quelles démarches avez-vous entreprises ?

Nous avons voulu déposer une plainte au commissariat de Bobigny, on nous a refusé notre dépôt de plainte et signifié d’aller au commissariat d’Aulnay-Sous-Bois car ça s’est passé là-bas, alors que nous savons pertinemment que nous avons le droit de déposer une plainte dans n’importe quel commissariat pour n’importe quelle infraction. Malgré ça, je suis allé au commissariat d’Aulnay-Sous-Bois, on nous a dit qu’il n’y avait aucun officier de police judiciaire (OPJ), on nous a demandé pourquoi on voulait porter plainte. Ils m’ont alors envoyé au commissariat de Sevran, je m’y suis rendu, j’ai insisté pour voir l’OPJ, qui nous a dit qu’il était occupé. Ensuite, je suis allé au cabinet de mon avocat à Montreuil qui est situé à côté du commissariat, il m’a dit qu’il avait l’habitude de s’y rendre avec ses clients, donc j’y suis allé avec lui. Une fois sur place, nous avons été bloqués dans le sas pendant une quinzaine de minutes, on nous a pris nos pièces d’identité, ils ont passé des coups de fil pour finalement nous dire qu’on ne pouvait pas porter plainte, que c’était mieux d’aller à Aulnay. Mon avocat était médusé. Le lendemain, je suis retourné à Aulnay. Quand je suis rentré, l’OPJ m’a demandé pourquoi je voulais porter plainte. A ce moment-là, j’ai exigé de parler au commandant, sur les conseils de mon avocat, et j’ai pu porter plainte. Pour que, finalement, le procureur de Bobigny, Monsieur Goux, indique à mon avocat qu’il ne donnerait pas suite à la plainte. Mon avocat a dû saisir le doyen des juges d’instruction pour déposer une plainte et se constituer partie civile.

Sincèrement, si le collectif « Justice et Vérité pour Adama », qui était venu nous voir les premiers jours, nous aurions simplement été récupérer le corps à l’ILM et enterré mon frère. Nous étions effondrés, nous ne savions pas comment cela se passe. Assa nous a dit de faire attention et recommandé d’aller à l’ILM faire la présentation et ensuite prendre le corps. Et quand on a vu les traces sur son visage, c’est là qu’on a compris qu’il ne fallait pas prendre le corps car, sinon, il n’y a plus aucune marge de manœuvre, il n’y a plus de contre-expertise possible.

Qu’attendez-vous des autorités ?

Nous n’avons eu aucun papier officiel, aucun procès-verbal, aucun rapport d’autopsie, aucun élément d’enquête. Déjà, on attend le premier rapport d’autopsie pour savoir comment le médecin en est arrivé à ces conclusion, avec autant de traces sur le corps, un pantalon et un caleçon baissés, une barre de fer en-dessous de lui. On veut juste comprendre.

Quelle est la situation à Aulnay ?

C’est l’incompréhension totale, l’impatience, l’énervement, nous essayons de les contenir comme on peut, mais ce n’est pas évident. J’ai pas mal de démarches à faire, le procureur nous ralentit, et nous devons faire notre deuil, j’ai appelé au calme les dix premiers jours.