Le ministre de l'Intérieur dénonce le triplement des actes antimusulman en 2015 et rappelle la définition de la laïcité.

Dans une interview au journal La Croix, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve parle avec sagesse de laïcité et s’inquiète du nombre croissant d’actes islamophobes, qui ont atteint leur paroxysme en 2015.

La triste tendance s’est confirmée : déjà à la fin du troisième trimestre, l’Observatoire national contre l’islamophobie s’inquiétait du triplement des actes antimusulmans par rapport à la même période en 2014. Et à l’heure du bilan de l’année établi par le ministère de l’intérieur, force est de constater que l’islamophobie a encore de beaux jours devant elle. Selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, les actes antimusulmans « ont triplé » en 2015. « Au lendemain des attentats de janvier, les actes antimusulmans ont triplé et s’établissent à environ 400 pour l’année 2015 », a résumé le ministre de l’Intérieur quand, dans le même temps, « nous constatons une diminution de 5 % des actes antisémites, qui restent cependant à un niveau élevé, avec 806 actes constatés. »

La « liberté de croire ou de ne pas croire »

Il y a une « division de la société », remarque le journaliste de La Croix qui interviewe Bernard Cazeneuve. « La notion cardinale, c’est le respect », estime le ministre, qui indique que, « dans les épreuves que nous traversons, la République doit incarner avec tranquillité et force cette notion. » Et des divisions, il y en a également au sein du gouvernement. Là où Manuel Valls ne cesse d’égratigner la notion de laïcité, Bernard Cazeneuve estime que « le respect s’exprime par la laïcité, qui garantit la liberté de croire, ou de ne pas croire, et dès lors qu’on a fait le choix libre de sa religion, garantit aussi qu’on puisse la pratiquer librement. »

Selon l'Intérieur, les actes islamophobes ont triplé

Et face aux manquements à la laïcité, Bernard Cazeneuve indique vouloir rester inflexible : « L’Etat doit être intransigeant avec ce principe, il ne peut accepter aucun manquement. J’ai donné des instructions aux préfets pour qu’ils saisissent systématiquement la justice, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, en cas d’acte de haine contre des croyants ou de profanation de lieux de culte ou de sépultures. Cela vaut pour toutes les religions », dit-il. Au cours d’une interview loin de débats passionnés sur l’Islam, le ministre de l’Intérieur estime qu’il faut « remercier les musulmans qui, dans leur immense majorité, témoignent de leur amour de la République. » On est, là encore, loin des discours de Manuel Valls pour qui l’Islam n’est qu’un enjeu électoral pour 2017.

« La laïcité est une valeur de liberté »

D’ailleurs, le ministre revient, sans les nommer, sur les derniers événements qui ont montré que la définition de la laïcité n’était pas assimilée par tous. « J’ai toujours été un homme de gauche et je ne me sens pas concerné par cette attitude. Je vois mal, alors que je suis personnellement agnostique, comment un être humain peut avoir une vie riche et dense s’il ne s’ouvre pas, à un moment, à la réflexion spirituelle », assure Bernard Cazeneuve, avant d’égratigner le Premier ministre : « La laïcité est une valeur de liberté. Ce sujet, comme beaucoup d’autres, n’est pas abordé avec suffisamment de sagesse », lance-t-il. « Certains ont longtemps estimé que la religion était l’opium du peuple. Mais l’opium le plus toxique est l’ignorance, y compris l’ignorance des religions, de leur histoire, de leurs croyances », conclut le ministre de l’Intérieur.

Yassine Bannani

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