Le ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration d’Autriche, Sebastian Kurz, a appelé à l’interdiction totale du port du voile islamique pour les agents de l’Etat, y compris les enseignantes. Membre du Parti populaire autrichien (OVP), d’orientation chrétienne et conservatrice, Kurz est en train de plancher sur un projet de loi en ce sens avec la secrétaire d’Etat chargée de l’Administration et de la Fonction publique, Muna Duzdar. Issue du parti social-démocrate également membre de la coalition au pouvoir, la jeune ministre – une Musulmane non pratiquante d’origine palestinienne – offre la caution idéale pour faire passer cette initiative. Si le projet de loi entend aussi concerner les enseignantes, c’est parce que « dans les écoles, est en jeu l’effet des modèles et de l’influence sur les enfants », justifie Muna Duzdar. « L’Autriche est un pays ouvert aux religions mais aussi un Etat laïc », poursuit-elle.

La caution Muna Duzdar

Là où le bât blesse, c’est que cette interdiction à venir des signes religieux visibles ne semble concerner que les apparats de l’Islam et pas de la chrétienté. Comme l’a confirmé le ministre des Affaires étrangères, les croix chrétiennes, répandues dans les écoles du pays, resteront bien accrochées aux murs des salles de classe. Si la loi venait à être adoptée par le Parlement, elle compterait parmi les plus restrictives d’Europe, où seuls niqabs et burqas sont généralement interdits – une disposition initiée par la France en 2010, suivie par la Belgique, l’Italie ou les Pays-Bas. En Allemagne, le Tribunal constitutionnel fédéral, la plus haute cour du pays, s’est opposé en 2015 à la volonté des députés d’interdire le port du voile islamique aux professeurs. Néanmoins, le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, avait déclaré que si le voile intégral n’était pas compatible avec les valeurs de la société allemande, il lui semblait difficile de le voir interdit au niveau fédéral. Disposant également du portefeuille de l’Intégration, Sebastian Kurz entend pour sa part revoir de fond en comble les lois y afférentes : outre l’interdiction du voile pour les fonctionnaires féminines, le plus jeune ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, âgé de tout juste 30 ans, compte lui aussi bannir le niqab et la burka, ainsi que la distribution d’exemplaires du Coran par les salafistes.