Pour 4,8 milliards de dollars, la géopolitique peut paraître simple. Total est devenu, ces derniers jours, le premier pétrolier occidental a signer un contrat avec l’Iran. Un contrat sur vingt ans qui doit permettre le développement du champ gazier de South Pars, le plus grand au monde — il se partage entre l’Iran et le Qatar. Cette décision intervient alors que Donald Trump et l’Arabie Saoudite ne cessent de pointer du doigt l’Iran qui financerait, selon eux, le terrorisme. Mais également le Qatar, son allié. Total va-t-il à l’encontre des Etats-Unis dans ce dossier ? Alors qu’un pré-contrat avait déjà été signé, l’entreprise pétrolière française a un peu tergiversé avant d’oser conclure cet accord. Total a déjà prévenu qu’il se conformerait aux « législations nationales et internationales ». Le patron du pétrolier assure que la levée des sanctions sera renouvelée une à deux fois par an par les Etats-Unis. « Cela vaut la peine de prendre ce risque à un milliard de dollars, car cela ouvre un immense marché », explique-t-il. En mai dernier, l’Iran était repassé dans l’Axe du Mal suite au discours de Trump à Riyad, après plusieurs années de renégociation de l’accord nucléaire. L’Arabie Saoudite était, elle, devenue l’un des fers de lance de l’Axe du Bien, à la faveur de contrats à hauteur de 380 milliards de dollars signés entre le royaume et les Etats-Unis. La France, elle, a été diplomatiquement très discrète depuis deux mois. Le contrat de 4,8 milliards de dollars signé entre l’Iran et l’entreprise française risque-t-il de faire pencher un peu la balance ? Pas si sûr, car l’Hexagone vend également beaucoup d’armes à l’Arabie Saoudite. La diplomatie française risque d’avoir du fil à retordre ces prochains mois pour expliquer à Donald Trump sa position. Mais pour quelques milliards de dollars, cela méritait bien de redessiner légèrement l’Axe du Mal, non ?