Inspiré par les propos écologiques du pape François en 2015, Régis Charre, curé de Vénissieux, propose des menus contenant moins de viande pour les cantines de la banlieue lyonnaise. La droite s’empare du débat et lie cette proposition à… l’Islam.

Voilà un prêtre qui respecte à la lettre la ligne édictée par le pape. Régis Charre a proposé que, dans les cantines de la région lyonnaise, la viande devienne de plus en plus rare. Pour Christophe Girard, leader de la droite locale, « le père Charre se fait l’apôtre d’une revendication qui relève à 99 % de l’islam politique. » Surpris par ces propos, le prêtre rétorque : « Le halal ? Il n’y en aura jamais dans les écoles, au nom de la loi sur la laïcité. » « Evidemment, ce n’est pas du tout ce que je demande, continue le prêtre. Et, de toute façon, je n’ai jamais entendu un responsable musulman suggérer que soit servie de la viande issue de l’abattage rituel. Peut-être que quelques individualités seraient intéressées, mais pas la majorité des musulmans. » Le père Régis Charre est un homme de combat — il a consacré plus de 30 ans à aider la banlieue défavorisée de Lyon. « Je suis un prêtre du monde ouvrier », aime-t-il à préciser, étonne de l’ampleur de la polémique. Après tout, l’ecclésiastique n’a fait que proposer aux familles la possibilité de choisir un menu végétarien pour leurs enfants.

Une démarche écologique politisée à tort

Et du côté de la fachosphère, lorsque l’on dit « moins de viande », on comprend étonnamment « viande halal. » A droite, suite à cette proposition, on n’hésite pas à pointer l’intrusion de l’Islam politique dans la demande du prêtre, qui intègre le cercle de moins en moins fermé des « islamogauchistes. » Alors qu’il ne s’agit en l’occurrence que d’une initiative sociale et écologique.  « On ne peut pas, dans un pays riche, manger toute cette viande que ne peuvent pas s’offrir les pauvres – des pauvres qui d’ailleurs nous nourrissent… », déclare le curé militant, mentionnant en outre que la viande n’est pas bonne pour la santé. Loin d’être soumis à une quelconque influence politico-religieuse, le père Charre doit aussi convaincre les familles pauvres que la viande n’est pas indispensable à l’alimentation saine et équilibrée de leurs enfants. Une tâche qui s’annonce délicate, face à des familles qui, selon lui, « ne veulent pas de menu de substitution, parce que la cantine est le seul endroit qui sert de la viande à leurs enfants. »

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