Suite à la diffusion des observations très critiques transmises par la CNCDH au Tribunal administratif de Dijon publiée par LeMuslimPost ce lundi 9 janvier en exclusivité, le Maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret a réagi auprès de France 3 Bourgogne en s’attaquant sans le nommer au MuslimPost, ainsi qu’à la CNCDH. La Commission nationale consultative des droits de l’homme, dit-il, « nous fait de la théorie en disant que c’est une rupture d’égalité avec des enfants qu’on discriminerait. Si elle sortait de son bureau de parisien et si elle venait sur le terrain, elle verrait une chose : depuis un an et demi que nous avons pris cette décision, tout se passe bien. On n’a perdu aucun enfant. Il n’y a pas de tables réservées aux musulmans ou aux non-musulmans. Il n’y a plus de fichage religieux puisque quand on demandait aux familles si elles voulaient un repas avec ou sans porc, c’était un fichage religieux en réalité. On a rétabli l’égalité de traitement entre les enfants. Et c’est ça le fondement de la laïcité. »

Des approximations en matière de droit

Dans la suite de ses propos, le maire de Chalon nous accuse d’avoir publié ce document pour faire « pression sur le juge. » Il s’étonne en outre de « la fuite » de ces observations « en période de délibéré » et dénonce « un procédé inacceptable. » En premier lieu, on rappellera qu’il n’existe pas de fuite en la matière. La Justice est rendue au nom du peuple français et elle est, par essence, publique. Les écrits communiqués par les parties dans le cadre d’un procès ne doivent rester secrets que s’ils violent la vie privée, le secret de l’instruction — en matière pénale par exemple — ou le secret des affaires. Rien de tel en l’espèce bien évidemment. En deuxième lieu, nous ne sommes pas encore en période de délibéré, contrairement à ce que dit, avec légèreté et emphase, Gilles Platret. En effet, l’instruction de cette affaire a été réouverte suite au dépôt des observations de la CNCDH. La commune de Chalon-sur-Saône a donc toute latitude pour répondre à ces observations par de nouvelles écritures.

Gilles Platert travestit le droit et les mots

Quant au discours sur la soi-disant déconnection de la CNCDH, qu’on imagine peuplée d’intellectuels parisiens éthérés, par opposition à l’élu provincial de terrain courageux qu’il est, il est risible. D’autant plus risible, que la situation de quasi apartheid décrite par Gilles Platret pour la commune de Chalon est de sa responsabilité. Nulle part ailleurs en France, il n’y a « fichage religieux » — quelle délirante extrapolation sémantique ! — des enfants. Nulle part ailleurs en France, il n’y a de tables de musulmans et de tables pour les autres. Gilles Platret utilise un procédé bien connu en cherchant à subvertir le sens des mots et à renverser la charge de l’accusation. Ainsi, chez lui, la discrimination envers les enfants musulmans devient l’égalité de traitement entre les enfants et la laïcité devient une arme d’exclusion, alors qu’elle est une méthodologie de la coexistence.

La CNCDH a su faire du droit et rétablir le sens de mots que Gilles Platert a passé son temps à travestir.

Nous pensons que le Tribunal administratif se rangera derrière cette vérité juridique et morale, et annulera la décision du conseil municipal de Chalon-sur-Saône. Et ce, sans aucune pression, si ce n’est celle du simple bon sens.