Elle veut « enrichir le débat. » C’est le slogan de son site MeltingBook, mais aussi sa philosophie. Nadia Henni-Moulaï fait partie de ces journalistes qui ne pensent pas buzz et ne sont pas prêtes à se laisser aller à quelque compromission que ce soit pour des clics. Il y a sept ans, « frustrée » que les personnes qu’elle interviewe « ne soient pas vues dans les grands médias », Nadia décide de se lancer dans un projet inédit. A l’origine, la jeune femme veut simplement proposer des portraits, offrir un peu de visibilité aux personnes que les médias définissent comme « issues de la diversité. » Un succès d’estime est rapidement au rendez-vous. Nadia jongle alors entre l’écriture de dizaines de portraits, l’écriture de deux livres — « 1954-1962 La guerre d’Algérie » et « Petit précis de l’islamophobie ordinaire » — et des piges régulières (à droite et à gauche). En 2013, Nadia Henni-Moulaï se pose alors la question de savoir si elle doit ou non continuer. « J’ai toujours rêvé d’avoir mon média, admet-elle. Mais inconsciemment, je trouvais presque que c’était de l’insolence. » C’est un peu ce qui caractérise la journaliste : malgré son talent, elle laisse parfois trop de place aux doutes.

« MeltingBook, le média des hybrides »

Mais Nadia se soigne. Et c’est de l’autre côté de l’Atlantique qu’elle réussit à prendre confiance en son projet. « Lorsque je suis revenue des Etats-Unis, j’ai eu le sentiment que tout était possible alors que, en France, on est toujours en proie au doute », se souvient Nadia. La journaliste décide donc d’entreprendre, elle qui pensait que « c’était une qualité innée » a appris à entreprendre et « à aimer ça. » Elle s’associe à David Cadasse, lui aussi journaliste, qui lui fait voir MeltingBook sous l’oeil entrepreneurial. Ensemble, ils décident de se lancer à fond dans l’aventure MB. « J’avais la crainte de ne pas y arriver en termes de contenus », admet Nadia, qui a finalement réussi son pari : depuis septembre dernier, elle a publié plus de deux-cents contenus et a réussi à créer une véritable émulation autour de son projet. Une quinzaine de contributeurs participent désormais à cette aventure. Avec un enjeu de taille : « S’installer comme un média crédible. » Le pari est en passe d’être réussi. Aujourd’hui, Nadia définit MeltingBook comme « le média des hybrides, un média fait par des personnes qui voient l’actualité au travers de plusieurs angles. »

« Nous voulons proposer un espace de production »

En plus du site MeltingBook, Nadia Henni-Moulaï a également lancé sa propre maison d’édition « pour faire entendre les voix que l’on n’entend pas habituellement. » MB a déjà quatre livres à son actif, dont « 93370 Les Bosquets, un ghetto français » de Jean-Riad Kechaou et l’ouvrage collectif « Voiles et préjugés ». Deux bouquins qui ont rencontré un certain succès. Nadia et son équipe traitent en profondeur les sujets de société, bien loin du rythme effréné de l’actualité. Presqu’à la marge. Une façon de faire du journalisme assumée : « Nous ne voulons pas dire aux lecteurs ce qu’ils doivent penser mais voulons poser notre regard sur le monde, apporter une plus-value en termes de pensée et de regard critique sur l’actualité, pousser à la réflexion », résume Nadia. Mais la journaliste-entrepreneure veut surtout transmettre et dire qu’il faut avoir confiance en soi, d’où que l’on vienne. « Notre but, continue-t-elle, c’est de pousser les gens à produire à travers MeltingBook. » La Parisienne, passée par Le Bondy Blog, SalamNews ou encore Yahoo! a réussi à lancer le média dont elle rêvait tant. Et son succès grandissant montre qu’elle a eu raison d’y croire.