Sur fond de crise sanitaire, le roi du Maroc, Mohammed VI a appelé, vendredi 9 octobre, à une mobilisation soutenue de la classe politique et des opérateurs économiques et sociaux pour s’attaquer aux priorités nationales et mener à bien la “reprise”, dont il dessinait déjà les contours au moment de son discours du Trône du 20 Août dernier. Le discours du souverain chérifien vient définir un cap et une feuille de route nationale pour les prochaines années, avec “en tête des priorités de l’étape actuelle”, le plan de relance économique évalué à plus de 11 milliards d’euros (équivalent à 11% du PIB).

Pandémie du Coronavirus : pas de répit pour le Maroc

Le Royaume Chérifien avait jusqu’ici brillamment réussi à jongler entre les mesures sanitaires et économiques en mettant en place en simultané des mesures pour contenir d’une part la propagation du virus sur son sol, et soutenir d’autre part son économie nationale. Ainsi, au confinement strict et généralisé, un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie, qui a atteint l’équivalent de 3.1 milliards d’euros, avait été créé à l’initiative du souverain marocain pour financer une batterie de mesures visant justement à préserver les emplois, accompagner les secteurs vulnérables aux chocs induits par la crise et atténuer ainsi les répercussions sociales.

Malgré tous les efforts déployés, le Royaume comme le reste du monde a été durement frappé par la pandémie qui s’est soldée par une crise économique et sociale. Ainsi, l’impact de cette dernière sur l’économie mondiale pourrait être situé entre 2.300 et 4.800 milliards d’euros, soit 2,3% à 4,8% du PIB mondial, comme indiqué par la Banque asiatique de développement. La croissance économique marocaine quant à elle devrait être amputée de 8,9 points, au deuxième trimestre 2020, par rapport à son évolution d’avant crise, au lieu des -3,8 points prévus en avril. Cette baisse représenterait une perte globale potentielle d’environ 2.6 milliards d’euros pour la première moitié de 2020, au lieu de 1.3 milliards prévus initialement selon le Haut Commissariat au Plan. Sur le court terme, la pandémie a sévèrement pénalisé plusieurs pans de l’économie nationale, comme le tourisme, aujourd’hui miné par la crise, alors que d’autres secteurs ont paradoxalement connu une croissance substantielle tel que le mobile data qui a connu une augmentation de 50% durant le confinement selon une étude récente menée par Oxford Business Group.

Assurer la reprise et maîtriser la crise

Bernano écrivait : “Quand l’équilibriste est sur sa corde raide, au passage le plus difficile, on retient son souffle, on se tait.” Alors que le virus continue sa progression, le Maroc et d’autres pays entrent de fait dans une nouvelle phase critique de la gestion et devront redoubler d’efforts pour maîtriser en priorité la pandémie tout en continuant en parallèle à soutenir le redressement économique et social : un véritable travail d’équilibriste… Le discours royal fixe de fait un nouveau cap dans la gestion de la crise et vient ainsi donner une nouvelle dimension au plan de relance au Maroc. Le plan de relance économique est articulé autour de deux dispositifs principaux : un dispositif de prêts garantis par l’Etat et un Fonds d’investissement stratégique

En ce qui concerne le  dispositif de prêts garantis par l’Etat, les premiers chiffres sont positifs: les produits lancés à destination des TPME totalisent aujourd’hui l’équivalent de 2.3 milliards d’euros, au profit de plus de 20.000 entreprises qui devraient leur permettre une plus forte résilience face au choc de la pandémie et les inciter à sauvegarder les emplois au moins sur les court et moyen termes.

Concernant le Fonds d’investissement stratégique, deuxième pilier de la relance rebaptisé “Fonds Mohammed VI pour l’investissement”, celui-ci devrait « jouer un rôle de premier plan dans la promotion de l’investissement et le relèvement des capacités de l’économie nationale. Pour cela, des partenariats public-privé doivent être mis en place pour doter les secteurs productifs du soutien nécessaire et pour financer et accompagner les grands projets envisagés ». Le discours souligne également l’urgence de mettre sur pied le nouveau Fonds en l’armant rapidement de moyens juridiques, humains et financiers. Une enveloppe conséquente équivalente à près d’1.4 milliards d’euros lui a été assignée à ce titre à partir du budget de l’Etat, toujours sur instruction royale.

Le Fonds sera par ailleurs structuré en six fonds thématiques prioritaires : la restructuration industrielle, les secteurs émergents et à forte valeur, la relance de la PME, les infrastructures, le tourisme et l’agriculture. Le monarque a d’ailleurs insisté sur ce dernier pan en l’identifiant comme un “secteur-clé” et un “levier de relance” à activer notamment à travers la formation et l’entrepreneuriat des jeunes dans les activités de service en relation avec l’agriculture.

Transformer la crise en opportunité

Au-delà de la sortie de crise, la feuille de route dessinée par le roi lors de son discours prévoit des projets structurants sur le long terme pour le Maroc.

Le souverain a demandé à ce que le Fonds Mohammed VI pour l’investissement « s’impose comme un modèle de bonne gouvernance, d’efficience et de transparence », l’inscrivant ainsi directement dans la lignée de son appel à une réforme profonde du secteur des Entreprises et Établissements publics (EEP), au service de la performance économique et sociale. En d’autres termes, il s’agit là de renforcer « l’Etat stratège » en rationalisant le périmètre du secteur public et en réorientant ses investissements vers les secteurs les plus rentables économiquement et socialement. L’agence nationale des participations devrait ainsi voir le jour sous peu avec pour mission la gestion stratégique du portefeuille de l’Etat et le pilotage des performances des EEP.

Troisième et dernier pôle de la feuille de route énoncée par le souverain : la généralisation de la couverture sociale au profit de tous les Marocains, dans les prochaines années. Véritable projet de transformation sociétale, cette entreprise historique avait été annoncée fin Juillet dernier et se trouve aujourd’hui consacrée par le discours d’ouverture du Parlement : le Souverain demande à avancer rapidement dans la généralisation d’un socle de couverture sociale au profit de 22 millions de bénéficiaires additionnels qui vont devront accéder à l’Assurance maladie de base d’ici 2022. Ce projet vise aussi la généralisation des allocations familiales au profit de trois millions de familles, l’élargissement de la base d’adhérents au système de retraite et de l’indemnité pour perte d’emploi. Il s’agit là d’un chantier gigantesque pour lequel le monarque donne le coup d’envoi ; le Maroc devra toutefois se doter d’un socle économique solide pour en assurer la réussite.

Ambitieuse, la feuille de route dessinée par le roi Mohammed VI place une nouvelle fois la classe politique et les opérateurs économiques et sociaux face à leurs responsabilités et vise à accélérer les chantiers entrepris depuis le début de la pandémie. Reste à savoir si les responsables politiques, fortement mobilisés durant les derniers mois et se trouvant à quelques mois des élections législatives, seront à la hauteur de ces ambitions. Car le Royaume Chérifien ne pourra relever le défi qu’en catalysant les actions futures de la collectivité nationale.