Sur les plateaux de télévision, Marine Le Pen modère de plus en plus ses propos du l’islam. Avec la volonté de se positionner comme une alternative aux dérives gouvernementales.

« Je ne crois pas qu’il y ait une religion qui soit incompatible avec la République française ». Dans « Le Grand Jury », Marine Le Pen a appelé les musulmans à se joindre à elle pour lutter « contre l’islamisme ». La patronne du Rassemblement national répondait ainsi à Jean Messiha, qui imputait la décapitation de Samuel Paty aux musulmans. « Jean est un Egyptien copte, cela lui donne une sensibilité exacerbée », a poursuivi Marine Le Pen, qui a tenu à se désolidariser des propos de l’ex-membre du RN.

En quelques jours, c’est la deuxième fois que Marine Le Pen rappelle qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre terrorisme et islam. Face à un Gérald Darmanin de plus en plus islamophobe, « L’islam est une religion comme un autre », a indiqué la président du RN au ministre de l’Intérieur, qui s’en est ému : « Vous êtes dans la mollesse Madame Le Pen, vous en venez à dire que l’islam n’est pas un problème », a-t-il répondu.

Que cherche Marine Le Pen ? Un vote musulman lors de la prochaine présidentielle, face à une République En marche qui stigmatise de plus en plus cette communauté ? C’est en tout cas un changement radical : en 2012, lors de l’Université d’été du Front national, sa présidente parlait « d’invasion » et de « torrents migratoires », et demandait l’interdiction du foulard et de la djellaba. Quatre ans plus tard, Marine Le Pen disait croire à « un islam tel que nous l’avons connu, laïcisé par les Lumières comme les autres religions ».

La patronne du RN semble se positionner pour 2022 : accusé de stigmatisation vis-à-vis des musulmans, notamment avec les fermetures administratives de mosquées et d’ONG ces derniers mois et avec le vote sur la loi « séparatisme », le gouvernement est en train de se « droitiser ». En évitant de tomber dans ce piège des idées nauséabondes, Marine Le Pen veut se montrer solidaire des musulmans, que l’on pointe du doigt. En cas de second tour Marine Le Pen-Emmanuel Macron, nul doute que le débat sur l’islam sera un enjeu capital pour les électeurs. Et le match a, semble-t-il, déjà commencé.