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Mali : l’armée française est-elle la bienvenue ?

Depuis début octobre, les habitants de Kidal au nord du Mali, manifestent contre la présence des soldats français. L’opération Barkhane lancée en 2014, source de tensions, est de plus en plus impopulaire dans le pays.

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« Barkhane dégage », « Quittez Kidal »… Les messages des banderoles des habitants de Kidal sont clairs. Depuis plusieurs semaines, des manifestants dans cette ville du nord du Mali répètent leur demandes de départ des soldats français. Débutée en Aout 2014, l’opération Barkhane s’inscrit dans la continuité des interventions militaires françaises en Afrique Serval (2013-2014), Epervier (1986-2015), et Manta (1983-1984).

Chacune des ces opérations avait eu pour but de prêter main-forte aux régimes alliés, qu’ils soient arrivés au pouvoir de manière régulière ou non. Cela s’avère d’autant plus plausible qu’aucun objectif clair n’a été présenté par l’État français particulièrement en ce qui concerne l’opération Barkhane. La « lutte contre le terrorisme »  évoquée est, elle, similaire à la guerre contre le terrorisme lancée en 2001 avec le succès qu’on lui connaît.

A présent , l’opération Barkhane repose sur le déploiement de 5 000 hommes répartis entre le Mali, la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso (où sont basées les forces spéciales) et le Niger où sont basés les drones REAPER er Harfang. Initialement déployés pour des missions de surveillance, ces derniers viennent d’être armés de missiles après les recommandations de la mission parlementaire « Drones d’observation et drones armés : un enjeu de souveraineté » et la décision de la ministre des Armées Françoise Parly. 

Cela fait déjà plus de quatre ans que les troupes françaises mènent des opérations militaires au Mali et aussi plus largement dans la région du Sahel. Mais l’opération Barkhane dure et s’enlise, sans grands succès. L’attaque terroriste de Ouagadougou qui avait fait 21 morts dont la photo-journaliste française Leila Alaoui, illustre à lui seul les failles de la stratégie française.

Pour Yvan Guichaoua, maître de conférences à la Brussels School of International Studies et spécialiste du Sahel, le manque de transparence des troupes françaises contribue à l’hostilité de la population. 

« Le problème est que la France communique mal sur ses cibles et impose une vision binaire avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre »

LeMuslimPost : Pourquoi les habitants de Kidal manifestent-ils pour le départ des soldats français ?

Il y a des contestations récurrentes. Ce n’est pas la première fois que les habitants s’en prennent à la présence étrangère. Depuis que la France est intervenue en 2013, elle a gardé une présence continue à Kidal, d’où elle mène ses opérations anti-terroristes. La ville de Kidal est toujours au sein de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad, coalition des mouvements anciennement séparatistes mais qui a depuis signé les accords de paix le 20 juin 2015. Ils ne contestent donc plus l’autorité du Mali sur la zone). Mais souvent les opérations menées par les Français ne sont pas vus d’un très bon oeil par les populations locales car elles visent des personnes qui occupent des positions importantes et pas seulement des gens qui portent des armes. Le problème est que la France communique mal sur ses cibles et impose une vision binaire avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Il y un an les Français ont considéré comme terroriste toute personne qui approvisionne des cellules. Si quelqu’un vend du carburant à un djihadiste, alors il sera considéré comme membre du réseau. Or il n’y a simplement pas beaucoup d’opportunités de marché dans la zone.

« Les populations sont donc prises entre deux feux »

Il y a aussi des problèmes avec la tribu politiquement dominante à Kidal, celle des Ifoghas, dont fait parti le chef de guerre touareg Iyad Ag Ghali. Il est considéré comme un terroriste par les soldats français, et cela crée des tensions. En effet, la population est du côté des mouvements signataires de la paix mais elle est aussi liée tribalement avec des personnes impliquées dans des mouvements terroristes. Les populations sont donc prises entre deux feux. Elles ne veulent pas collaborer activement avec les Français car elles savent qu’ils ne vont pas rester éternellement. Le jour où elles se retrouveront face au mouvement d’ Iyad Ag Ghali elles risqueront gros pour avoir coopéré. 

Dans quelles affaires la France a t-elle manqué de transparence depuis son intervention ?

Il y a un an, le principal chef militaire de la CMA est mort. Sa voiture a sauté suite à une réunion dans le camp de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali). Nous n’avons pas de preuves comme quoi la France est responsable, mais c’était un attentat ciblé. Pour les habitants de Kidal il n’y avait pas beaucoup de suspects potentiels, mais il n’y a jamais eu d’enquête. Après la mort de cet homme, les Français ont tué un jeune berger d’une dizaine d’années et l’on enterré à la sauvette. Les Français ont voulu dissimuler l’affaire, et n’ont jamais vraiment reconnu une bavure. Ils ont aussi été accusés de vol de bijoux lors de perquisitions. De manière générale, les Français manquent de clarté dans leurs opérations et cela a suffit pour produire une forte animosité chez la population.

« Les Français sont pris dans un engrenage »

Quelles sont les réussites et les échecs de l’opération Barkhane ? 

Le Mali, occupé dans une large partie, a recouvré une grande partie de son intégrité territoriale. L’opération a permis de contenir la progression des mouvements djihadistes et quelques grands chefs ont été éliminés. Mais c’est un succès relatif car des djihadistes localisés dans le nord du pays sont maintenant présents dans le sud, mais aussi ailleurs dans le Sahel. Dans la région nord du Burkina Faso, il y a des attaques tous les jours et des incursions régulières au Niger. Au centre du Mali, des mouvements djihadistes se sont étendus dans certaines zones, créant de nouveaux fronts qui n’existaient pas en 2012. Le mouvement d’Iyad Ag Ghali a récemment sorti un communiqué et revendique cinq attaques simultanées. Les Français sont pris dans un engrenage, ils sont obligés de continuer à taper fort militairement. Ils pensent maintenant à s’appuyer sur les forces africaines, pour à terme se désengager.

« Il faut un changement du système politique au Mali »

Quelle est désormais la stratégie d’Emmanuel Macron pour mettre fin au conflit ?

Emmanuel Macron estime qu’il faut passer par le développement pour résoudre les problèmes. Mais le Mali vit depuis l’indépendance avec des crédits et des aides extérieures, alors injecter des fonds supplémentaires ne suffira pas. Il faut un changement du système politique au Mali. Le président français s’est rendu deux fois dans le pays. Pendant son premier séjour il a salué les troupes françaises et il a parlé de développement. Finalement lors de son deuxième séjour il a rencontré le président à Bamako et il a aussi parlé de justice et de gouvernance. On approche de quelque chose plus significatif mais on en est encore au balbutiement de cette stratégie. On voit surtout des effets sécuritaires pour l’instant, mais pas de solutions à long terme. 

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