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Macron président : illusion démocratique ou totalitarisme inversé ?

Que doit-on retenir de l’élection d’Emmanuel Macron, du barrage au Front National et du fort taux d’abstention ? Yasser Louati analyse ce scrutin pour nous.

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Quelle légitimé pour Emmanuel Macron? C’est avec le couteau du Front National sous la gorge que nous sommes partis voter le dimanche 7 mai dernier. Un vote, encore une fois pour le moins pire, mais qui sera légitimé par cette notion fallacieuse que le peuple a choisi son président, ou plutôt son monarque républicain. Il suffisait d’ailleurs de regarder toute la fanfaronnade autour de la passation de pouvoirs pour être consterné. Bref, Nous voilà donc présidés par un homme élu avec 66,1 % des suffrages qui se sont exprimés. A-t-il donc une quelconque légitimé ? La question reste posée, ces 66,1% ne représentant en fait que 43,61 % du nombre d’électeurs. Vous l’avez bien compris, Emmanuel Macron s’est bien fait élire malgré le refus de la majorité de le choisir. L’abstention historique étant bien entendu passée par là.

Sacrée constitution et son article 7 qui dit : « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. » En ne mettant aucun minimum de participation pour légitimer une élection. Même si l’on s’en tient à ce texte, le président peut donc se faire élire, avec la majorité d’une minorité qui s’est exprimée. En gros, si 20 % des votants se déplacent pour voter, la majorité de ces 20 % suffit pour élire un président. Et pour en rajouter une couche, il s’avère que selon le CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po, 60 % des électeurs de Macron ont voté pour lui par défaut, à cause du Front National. Nous voilà donc face à un homme qui a le pouvoir de gouverner à coup d’ordonnances, qui peut nommer le Premier ministre qui, lui même, pourra gouverner à coup de 49.3. D’ailleurs, n’oublions pas cette promesse, ce fait du prince qui permettra au président de gouverner justement par ordonnances pendant l’été afin de court-circuiter toute opposition et surtout les syndicats.

Au-delà de cette supercherie qu’on appelle l’élection présidentielle, qui permet à une poignées d’hommes — oui, oui, des hommes pour la plupart — de prendre le pays en otage et de faire ce qu’ils veulent. J’en viens à me demander si le pays ne se dirige pas vers ce que le philosophe Sheldon Wollin appelle le « totalitarisme inversé »… Avant de de sourciller et de faire les grands yeux, retenons les trois principales caractéristiques de ce totalitarisme inversé tel que théorisé par l’auteur :

  • Premièrement, ce n’est plus le politique qui domine l’économie, mais l’inverse. Ou plutôt, les intérêts financiers qui prennent le contrôle du monde politique, renforcés par le système de passe passe entre le public et le privé. Exemple : Monsieur le ministre qui rejoint telle entreprise puis revient pour occuper une haute fonction au sein de l’Etat, faisant de lui un rouage d’influence pour le secteur privé au sein de nos vénérables institutions.
  • Deuxièmement, alors que le totalitarisme classique reposait sur la mobilisation des masses derrière un démagogue doué d’un indéniable charisme, le totalitarisme inversé repose sur la démobilisation et l’apathie politique des masses qui se retrouvent exclues de tous les processus décisionnels tout en étant présentes dans les discours : « Le peuple, le contribuable, la communauté nationale et mon oeil bien entendu… » Oui le peuple au nom de qui on gouverne mais qui doit toujours rester absent. Cette situation est d’autant plus inquiétante que la population, exclue, précarisée et occupée par ses les luttes internes de domination — blanc contre noir contre Arabe, contre musulman, contre juif, contre Asiatique contre le premier à portée de main que je peux attaquer —, cette population donc s’en remet à cet idéal de démocratie renforcée non pas par ses institutions et la souveraineté populaire mais par le conservatisme, l’Etat fort et l’obsession identitaire.
  • Troisièmement, là où le totalitarisme classique méprisait ouvertement la démocratie, le totalitarisme inversé porte aux nues la démocratie et en fait le modèle de gouvernance universel, celui qu’il faut imposer aux autres. Je vous entends déjà : même s’il s’agit d’exporter cette démocratie à coup de bombes ou en vendant ces bombes aux dictatures à condition qu’elles promettent d’instaurer la démocratie dans un futur proche.

 

Je laisserais aux auditeurs le soin de se poser la question s’ils vivent dans une illusion démocratique parce qu’on peut encore s’exprimer librement en public… quoi que. Ou parce qu’on peut manifester librement… quoi que. La démocratie en spectacle est en train de nous habituer à vivre dans l’illusion, celle d’être aux commandes de notre destin sans avoir le droit de révoquer ceux qui décident en notre absence. Soyons honnêtes, le pire des mensonges est celui auquel on croit en connaissance de cause pour éviter de se poser les questions qui gênent, voire celles qui révoltent.

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