Le Président de la République a accordé un délai de quinze jours au CFCM pour rédiger et finaliser, en lien avec le ministère de l’intérieur, « une charte les valeurs républicaines ». Cette « demande » est vécue dans toute la communauté musulmane en France comme une gifle et un nouvel affront d’un Président et d’un gouvernement qui multiplient les déclarations stigmatisantes.

Face aux injonctions méprisantes du Président Macron, on ne s’inquiètera pas pour le CFCM qui, en fait, a été créé pour vivre ce type de situations humiliantes : être une courroie de transmission bienveillante et totalement soumise à la politique islamophobe de l’État français. Macron n’est pas le premier responsable politique français à adopter ce type de comportement néo-colonialiste : Pasqua, Chevènement ou Sarkozy, ministres de l’intérieur, ont fait bien pire. Et si le CFCM devait perdre le peu de crédit qu’il lui reste en se soumettant une nouvelle fois à ces injonctions, ce serait sans aucun regret pour cet organe paraétatique contrôlé par le Ministère de l’intérieur.

En revanche, ce qui pourrait être inquiétant, ce sont plutôt les réactions légitimes mais non réfléchies des différents acteurs musulmans qui agissent concrètement dans les différentes villes du pays sur le terrain communautaire, social ou politique. Pour ces acteurs qui agissent au quotidien et qui ont une réelle influence sur la communauté musulmane, il est crucial aujourd’hui de se décentrer des seuls enjeux strictement communautaires et de prendre du recul afin d’analyser et comprendre ce qui motive profondément nos représentants politiques nationaux dans cette volonté de vouloir stigmatiser une partie de la population du fait de son appartenance religieuse. Il faut garder à l’esprit que les politiques islamophobes de l’Etat français ne sont pas récentes et elles ont toujours eu ces 2 objectifs :

1. Le premier objectif est sécuritaire et il vise, en apparence, la communauté musulmane (faire peur et isoler) :

  • Faire peur : ces provocations étatiques (et médiatiques) ont pour objectif de repousser les acteurs musulmans dans leurs retranchements et de provoquer en espérant des réponses ; ce qui justifiera, par la suite, le renforcement des politiques sécuritaires de l’État vis-à-vis de l’ensemble de ses citoyens.
  • Isoler : C’est en attisant les passions qu’on instille la suspicion et un climat de peur. Et c’est cette ambiance malsaine où le « musulman » devient l’accusé permanent, qui conduit au repli sur soi, au retranchement dans son quartier ghettoïsé ou dans sa communauté victimisée. Transformer un sujet humain en victime et vous en ferez un objet émotif de vos ambitions. A terme, l’objectif est bien de briser toutes dynamiques collectives (intra ou extracommunautaires) et d’isoler les acteurs musulmans qui se sont engagés dans des dynamiques citoyennes et/ou revendicatives jusqu’à les obliger à rompre toute logique d’alliance large qui ferait front à la politique gouvernementale libérale et du tout-sécuritaire.

2. Le second objectif est politique et il vise en réalité toute la communauté nationale (division et diversion) :

  • Il s’agit de diviser les opposants à la politique sociale et libérale du gouvernement qui devront se positionner sur ces orientations islamophobes. On le sait tous, cette question de l’islam et des musulmans est un sujet complexe (imbrication de questions nationales et internationales, de questions contemporaines et historiques) et très clivant (questions de l’altérité, de l’universalité des valeurs, du religieux dans l’espace public…) qui peut faire imploser le front anti-Macron qui commençait à peine à se constituer. Dans un climat national où certains médias soufflent sur la braise pendant que nos élus politiques jettent de l’essence, aucun débat de fond ne peut être abordé avec sérénité.
  • Diversion : L’objectif est aussi d’orienter tous les débats sur la seule question de l’islam et des musulmans pour ne plus parler des orientations économiques et des choix sociétaux qui sont en train de transformer la France dans sa politique intérieure comme dans sa politique guerrière qu’elle mène actuellement dans au Sud de la Méditerranée, au Sahel et au Moyen-Orient.

En fait, la question de l’islam et les musulmans dans ce jeu politicien de la Macronie n’est pas du tout le vrai sujet. Il n’est qu’un moyen, qu’un simple outil dont on use et abuse à des fins politiques qui impactent toute la communauté nationale et qui sont aussi en lien avec des engagements discutables (mais jamais discutés sous peine d’être accusés de soutien au terrorisme islamique) de la France dans des zones de guerre dans certains pays musulmans.

La manière d’agir et de réagir des différents acteurs musulmans face aux provocations islamophobes de l’État doit tenir compte de tout cela et s’inscrire dans cette vision large. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de devenir les idiots utiles de la politique macronienne qui n’a finalement que ces trois seuls objectifs :

  • Faire réélire le candidat Macron aux prochaines élections présidentielles en espérant récupérer une partie de l’électorat d’extrême-droite.
  • Poursuivre une politique libérale de destruction de l’État social et du tout-sécuritaire dont souffrent prioritairement les laissés pour compte de la France périphérique des banlieues et des campagnes.
  • Et poursuivre une politique impérialiste de spoliation des richesses des peuples du Sahel, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient par le soutien à des régimes dictatoriaux dans ces régions où la France est devenue le premier vendeur d’arme mondial.