En région parisienne, une lycéenne a dû rentrer chez elle. La proviseure lui a reproché le port d'une jupe trop longue. Un excès de zèle qui pourrait se terminer devant les juges.

La semaine dernière, une lycéenne a été sommée de rentrer chez elle à cause d’une jupe trop longue. Pourtant, la loi n’interdit pas cette tenue dans les établissements scolaires.

Au lycée Flora Tristan de Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, une jupe trop longue est considéré comme une « signe ostentatoire religieux. » Une élève a fait les frais de ce jugement. Âgée de 16 ans, la lycéenne en classe de première s’est vu refuser l’accès à l’établissement par la proviseure. Certes, la loi interdit « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. » Mais la jupe est-elle vraiment un signe religieux ?

Les élèves de ce lycée francilien et la mère de l’élève refoulée de l’établissement en sont certains : la religion de la jeune fille a été le critère principal de son renvoi. Cette élève est convertie à l’Islam depuis un an. Voilée, elle retire son foulard chaque matin avant d’arriver au lycée. Sa mère raconte que, la semaine dernière, la proviseure « lui a signifié qu’elle était interdite d’entrée dans l’établissement avec cette tenue (robe longue, gilet et baskets), sans lui expliquer pourquoi. » Finalement, la directrice expliquera que « porter des robes longues dans un établissement public et laïque n’est pas tolérable, c’est un signe religieux. »

« Une robe longue n’est pas un motif d’exclusion »

Ne se laissant pas démonter, la mère de l’élève demande à la proviseure de lui signifier sa décision par un document écrit. « Elle a refusé et a insisté sur le fait que dorénavant, ma fille ne serait pas admise en robe longue », explique-t-elle à L’Obs. Si l’adjointe de la proviseure propose une séance de dialogue, la famille de la jeune fille compte, elle, porter plainte. « Ma fille respecte la loi, je respecte sa religion, il y a juste de la tolérance et du respect », indique la mère de famille, qui assure que, « jusque là, on ne lui avait fait aucune remarque sur sa tenue. »

Du côté de l’Académie de Créteil, qui précise que l’élève « n’a en aucun cas été exclue de l’établissement », on explique qu’elle « a été convoquée, cela n’a pas été d’une absolue sérénité, mais un dialogue a eu lieu avec la famille et qui va être poursuivi lundi et qui sera maintenu. L’intérêt c’est que cette jeune fille est qu’elle poursuive sa scolarité de façon normale. Une robe longue n’est pas un motif d’exclusion. » La décision de la proviseure serait donc un excès de zèle. Mais qui pose un souci, notamment pour les autres élèves du lycée.

« Mauvaise interprétation de la loi »

« En seconde, on m’ a reproché de m’habiller trop court, explique une lycéenne au Parisien. En même temps, je comprends car on pouvait voir des choses… Mais une robe longue, où est le problème ? » Les élèves estiment que l’arrivée de la nouvelle proviseure a changé l’ambiance. « Elle nous prend de haut, ça se passait bien avant », assure une autre élève. En 2015, une collégienne de 15 ans de Charleville-Mézières avait elle aussi été interdite de cours pour avoir porté une jupe trop longue. Nicolas Cadène, rapporteur de l’Observatoire de la laïcité, expliquait alors qu’il s’agissait d’« une mauvaise interprétation de la loi. » La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, insistait également sur le fait qu’« aucune élève ne peut être (…) exclue en raison de la longueur de sa jupe. »

Yassine Bannani

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