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Reportage : Dans ce lycée catholique, des cours sur l’Islam pour les musulmans

A Paris, l’établissement privé catholique Charles Peguy est le seul à proposer des cours sur l’Islam à ses élèves musulmans. Une dimension interreligieuse qui a permis, entre autres, d’éviter les amalgames lors des attentats en 2015 et 2016.

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Mardi midi, la sonnerie retentit au collège-lycée Charles Péguy à Paris (11e arrondissement). Comme chaque semaine, un rabbin attend ses élèves dans une salle de classe. A l’étage, le professeur d’Islam s’installe lui aussi pour le cours qu’il va donner. Une situation plutôt curieuse dans un établissement catholique.

Mais c’est pourtant une tradition qui remonte aux années 1950. A cette époque, de nombreuses familles juives s’installent dans le quartier de Belleville-Ménilmontant et inscrivent leurs enfants au lycée Charles Péguy. Afin qu’ils connaissent et préservent leurs racines, l’établissement décide d’organiser des cours de judaïsme.

Les musulmans, de plus en plus nombreux en écoles catholiques

« Le cours sur l’Islam lui, a débuté en 1990, aussi bien pour les collégiens que les lycéens. Pendant le mois de Ramadan, on s’est aperçus que les élèves qui voulaient jeûner ne savaient pas toujours bien expliquer pourquoi. On s’est dit qu’il fallait leur apporter des connaissances sur leurs propres racines religieuses et un espace d’échanges sur leur foi », explique Dominique Paillard, la directrice.

Une idée plutôt pertinente, alors que ces dernières années, le nombre de musulmans en écoles catholiques est croissant. La bonne réputation de ces établissements privés, la liberté de parler de Dieu et de son appartenance religieuse seraient les principales raisons qui poussent les familles musulmanes à inscrire leurs enfants dans des écoles catholiques. 

A Marseille par exemple, l’école, collège et lycée catholique « Tour Sainte », dans le 14e arrondissement, comptait parmi ses 750 élèves 75 % de musulmans en 2015. Dans le département de l’Essonne (91), en région parisienne, environ 10 % des élèves des établissements catholiques sont musulmans, selon l’estimation de la Direction diocésaine de l’enseignement catholique (DDEC) en 2012.

Un document pour « organiser la cohabitation » entre catholiques et musulmans

Un phénomène qui a fini par préoccuper les enseignants. Ainsi, en 2010, la direction de l’enseignement catholique publiait un rapport pour répondre aux « interrogations croissantes » des professeurs et pour « organiser la cohabitation » entre catholiques et musulmans. Ce document, intitulé « Musulmans en école catholique », donnait des exemples de « situations problématiques » et comment y faire face. Parmi les problèmes relevés : des lycéens musulmans qui prient dans la cour, des demandes de repas halal ou d’une salle pour la prière…

«Nous n’avons jamais rencontré de problèmes. Pourquoi il y a moins de tensions ici qu’ailleurs ? Car l’élève a accès à son identité, à ses racines, sa foi », assure la directrice de Charles Péguy. En effet, ce cours d’Islam est une spécificité de l’établissement, également présent à Bobigny (93). « Comme lycée catholique nous sommes le seul à aller aussi loin. Dans certains, un cours sur l’islam est proposé mais ce n’est pas un enseignement régulier. De plus l’intervenant n’est pas toujours musulman », souligne Dominique Paillard. 

« On m’a demandé si je n’avais pas peur que les musulmans prennent trop de place »

Bien que majoritairement saluée, son initiative a aussi été l’objet de critiques : « On m’a demandé si je n’avais pas peur que les musulmans prennent trop de place par exemple. Mais chacun a sa place ici, et nous sommes dans le respect et l’écoute », se souvient-elle.

Pour ce cours hebdomadaire, le lycée a fait appel à Khaled Roumo, écrivain et poète d’origine syrienne, auteur du livre « Le Coran déchiffré selon l’amour » (Erik Bonnier). « Je ne suis pas un imam. Le but de ce cours est que les élèves parlent de leur relation à Dieu, tout en discutant autour des versets du Coran. C’est un espace différent de celui de la mosquée », note le professeur, très engagé également dans l’interreligieux et l’interculturel. 

Une rencontre interreligieuse chaque trimestre dans l’établissement

Ce jour-là, une vingtaine d’élèves sont inscrits pour le cours de la pause déjeuner.  Pour Marwa, en classe de troisième, c’est un moment pour « poser des questions sans jugements. » Pour Manel, ce cours est « une chance » dans un établissement de ce type et il permet de se sentir davantage « à sa place. » 

Le thème abordé pendant 45 minutes sera la prière, sur lequel les élèves devront s’exprimer devant les autres élèves de l’école dans quelques semaines. Car en plus des cours sur les trois religions monothéistes, l’établissement organise chaque trimestre une rencontre interreligieuse. Une autre initiative mise en place après les attentats du 11 septembre, et qui semble porter ses fruits. 

« Au moment des premières attaques terroristes au Bataclan et à Charlie Hebdo, ce qui nous a frappé, c’est que chez nous, il n’y a pas eu d’amalgame. Les élèves se connaissent. Ils ont très bien fait la différence entre l’utilisation que l’on peut faire de Dieu et la réalité du Dieu de l’Islam », se félicite la directrice du lycée.

« Ce qui fait souffrir le plus les jeunes musulmans, ce sont les préjugés »

En septembre dernier, un autre document pédagogique est paru, pour renforcer le dialogue des cultures et religions au sein des établissements. Intitulé « Éduquer au dialogue, à l’interculturel et à l’interreligieux en École catholique », il a été mis à disposition de tous les enseignants, afin qu’ils soient formés et s’éveillent à toutes les religions, face à l’évolution du profil des élèves.

Dans ce domaine, Dominique Paillard, est plutôt en avance sur ses collègues. Dans son bureau, elle est entourée par des livres sur le christianisme, le judaïsme, l’islam et autres spiritualités. Une ouverture d’esprit qui semble avoir rejailli sur les jeunes. 

« Nos élèves juifs et chrétiens nous disent qu’ils ne pourront plus jamais laisser dire des propos caricaturaux sur les musulmans et l’Islam, conclut la directrice. Et c’est une bonne chose, car ce qui fait le plus souffrir les jeunes musulmans, ce sont bien les préjugés. »

Photos : © Elise Saint-Jullian, Cazenove architecte et V. Leray

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