L'or rouge halal, cette algue permettant d'obtenir l'agar-agar, est menacé d'extinction au Maroc.

L’or rouge, c’est le nom de l’algue utilisée pour la fabrication de l’agar-agar, une alternative à la gélatine d’origine animale. Autrefois endémique, cette algue est victime de son succès. Face à la multiplication du nombre de plongeurs attirés par cette manne, cette plante locale est de plus en plus rare.

Récoltée durant les trois mois de l’été sur une étroite bande côtière à El Jadida au Maroc, cette algue est utilisée pour produire de l’agar-agar, un agent gélifiant utilisé par les industries agroalimentaire, pharmaceutique et cosmétique. Longtemps utilisé dans la cuisine asiatique, ce gélifiant est une alternative aux gélatines d’origine animale. Il est désormais utilisé partout dans le monde ; un succès qui met en péril cette algue rouge.

Outre son application industrielle, l’agar-agar est un gélifiant utilisé dans l’industrie alimentaire halal. En effet, c’est une alternative aux gélifiants à base de porc, largement répandus dans l’industrie agroalimentaire classique.

La récente surexploitation de « l’or rouge halal » a alerté les autorités qui ont dû instaurer des quotas et fixer les prix. Mais cela ne semble pas assez. « Dans les années 1990 et 2000, nous collections jusqu’à 500 kilos d’algue rouge par jour. Mais la plante disparait petit à petit, » se lamente le récolteur Attibari Lemkhanter.

Récolter l’or rouge halal, un travail dangereux

??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

Ce travail peut être dangereux, surtout pour les nombreux récolteurs utilisant des équipements obsolètes. D’autant qu’il faut atteindre des profondeurs de 20 à 25 mètres pour récolter cette précieuse algue.

« Beaucoup de personnes viennent à El Jadida pensant que c’est le nouvel eldorado. Ce n’est pas inhabituel de voir des noyades de jeunes inexpérimentés » dit Lemkhanter.

Après six à huit heures passées sur son modeste bateau, le plongeur de 50 ans retourne à terre avec sa récolte, espérant faire une bonne vente. Mais depuis 2010, le Maroc a fixé un prix de référence de 0.30 euro le kilo afin de préserver cette algue de l’extinction.

D’après Zakia Driouich, le secrétaire général au ministère de la pêche, l’Institut national pour la recherche halieutique marocain (INRH) a fait sonner la sonnette d’alarme en 2009 lorsque la récolte a atteint 14000 tonnes. « Si nous avions laissé la situation telle quelle, il n’y aurait déjà plus d’algue rouge ».

Les quotas et l’augmentation des prix

??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

A présent, le quota annuel est fixé à 6040 tonnes, dont 20% sont destinés à l’export. A cause de l’augmentation de la demande et de la contraction de l’offre, le prix à l’export de cet or rouge halal est passé de 1.10 à 2.77€/kg.

Environ 80% de l’algue rouge récoltée est transformée en agar-agar à Kenitra, au nord de Rabat. La quasi-totalité de cette production est destinée à l’export. Ce secteur rapporte 31 millions d’euros chaque année, a déclaré Driouich « mais le secteur est totalement anarchique et il reste un grand travail à faire pour organiser la profession ».

Le ministère de la pêche a organisé des programmes de formation et délivre des permis tandis que plus de 250 plongeurs ont été équipés avec l’équipement adéquat. Toutefois, selon Lemkhanter, tout n’est pas mis en œuvre pour protéger ceux effectuant ce travail qui peut s’avérer dangereux. Il ajoute : « si nous tombons malade et que nous ne pouvons plonger, il ne nous reste plus qu’à mendier… »

Source : ici

 

Yassine Bannani

Laisser un commentaire