L’immigration, légale ou clandestine, est le sujet en vogue dans les sphères politiques, et les débats médiatiques. Le ministre de l’Intérieur vient renforcer cette pole position en annonçant le déploiement de nouveaux moyens humains et matériels, pour réduire les migrations dans la Manche.

Les traversées illégales de la Manche depuis la France, pour rejoindre le littoral britannique se sont multipliées ces trois dernières années. Pour mettre un terme à ces pratiques, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin est déterminé à user de tous les moyens.

Dans un communiqué de presse, le ministre a fait savoir « Plus de 100 véhicules mobiles adaptés à la particularité du terrain comme des quads, 4×4 ou bateaux de type Zodiac sont en cours de livraison. […] (A) ces moyens mobiles s’ajouteront des équipements modernes et performants de vision nocturne, des caméras thermiques, 300 lampes, 160 projecteurs d’éclairage tactique, des moyens d’interception et de communication, mais aussi des effets d’habillement ».

Près de 11 millions d’euros de véhicules et de matériaux ont été acquis par la France, dans le cadre d’un accord de coopération avec le Royaume-Uni, pour sécuriser 130 kilomètres de littoral français. L’objectif pour Gérald Darmanin est d’« assurer la sauvegarde de la vie humaine de personnes souvent en situation de détresse » ainsi que « la surveillance du littoral, pour empêcher les départs d’embarcations de fortune vers la Grande-Bretagne et interpeller les passeurs ».

Un prétexte pour bafouer davantage les droits des migrants ?

Le problème migrant est devenu en France une question de sécurité nationale. Les personnes migrantes, en particulier celles en situation irrégulière, constituent une véritable menace, à en juger par les moyens colossaux déployés par le ministre de l’Intérieur.

L’annonce de ce renforcement des capacités de lutte contre l’immigration clandestine dans la Manche, intervient au lendemain d’une manifestation pour protester contre les traitements infligés aux migrants, notamment à Calais. Organisée à Paris, cette marche a vu la participation de centaines de personnes, dénonçant les traitements, souvent inhumains, infligés aux personnes migrantes.

Pour Ludovic Holbein, fondateur du collectif « Faim aux frontières », les autorités françaises font des descentes à Calais à intervalles réguliers, évacuant les migrants en situation irrégulière et jetant leurs affaires et leurs biens à la poubelle. Cette situation n’est pas nouvelle, et dure depuis une trentaine d’années.

L’Etat français, au lieu d’apporter des solutions, à ces personnes, qui malgré elles vivent dans des camps de fortune, continue à bafouer leurs droits. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme a dénoncé à maintes reprises les dégradations des conditions de vie de milliers de migrants à Calais et Grande-Synthe. En février dernier, elle a même fait état de violations des droits fondamentaux de ces personnes.

Cela fait des années que la France s’est rendue coupable de violations des droits humains. Elle a failli à ses engagements internationaux, et aux idéaux comme la liberté et le respect des droits de l’Homme. Le cas de Calais montre, étape par étape, l’évolution de la politique migratoire française.

La montée des discours nationalistes et identitaires, le traitement purement sécuritaire de la question migratoire et la prolifération d’une xénophobie complètement décomplexée, laissent à penser que la situation ne connaîtra pas de réelles améliorations. Pis encore, d’autres mesures pourront être mises en œuvre pour régler le problème migrant, sans pour autant apporter de solutions durables et viables.