Accusé d’antisémitisme, l’imam Mohamed Tatai a finalement été blanchi par la justice. Les propos de l’imam ne provoquent ni haine ni discrimination, selon le tribunal correctionnel de Toulouse.

Lors d’un prêche prononcé le 15 décembre 2017, l’imam de la mosquée d’Empalot, Mohamed Tatai, dénonçait le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Saisi en juin 2018 par le parquet de Toulouse, Tatai avait été accusé de déverser des « propos de haine » et de faire l’apologie de l’« antisémitisme ». Le parquet avait même requis une peine de prison. Après un long délibéré, la cour estime que, bien que les propos de l’imam étaient « imprudents », celui-ci n’aurait eu aucune « pensée à connotation raciste ou discriminatoire ».

Les avocats de Tatai, William Bourdon, Jean Iglesis et Vincent Brengarth, ont qualifié la décision de la justice de relaxer l’imam de « forte ». « Le tribunal a résisté à un climat saumâtre alimenté par certains hauts responsables publics », ont-ils ajouté.

Quand la LICRA et le CRIF expliquent le Hadith

L’origine de l’affaire a été la saisie de la vidéo du prêche, publiée sur la chaine YouTube de la mosquée d’Empalot, par le CRIF et la LICRA en 2018. Mohamed Tatai avait cité le hadith parlant du Jour du jugement, que ces organisations avaient imputé à l’imam en sous-titrant en anglais et en déformant ses propos. Les deux associations pro-israéliennes avaient présenté les faits comme si l’imam appelait à « tuer les juifs ».

Le discours de l’imam, décortiqué devant la cour par la suite, a été remis dans son contexte. Force est de constater, toutefois, que plusieurs médias de droite avaient rajouté de l’eau au moulin, en invitant des « spécialistes » qui confirmaient les accusations du CRIF et de la LICRA, et qui avaient par la même occasion politisé l’affaire.

Néanmoins, le parquet de Toulouse n’a pas fait le même effort que le juge, sur le fond de l’affaire. Il s’était basé sur les tribunes de presse pour accuser Mohamed Tatai. L’enquête de la police judiciaire, préalable à l’instruction, a commis la même erreur. L’imam algérien s’est longtemps défendu. Pourtant responsable de la mosquée d’Empalot depuis 1987, les fidèles fréquentant la mosquée n’ont jamais montré une tendance hostile quelconque, comme Tatai a fait valoir lors de son procès.

Reste à savoir si le parquet de Toulouse fera appel à la décision de la justice. Quatre jours nous séparent de l’échéance légale. Quant à Mohamed Tatai, plus de 3 500 fidèles fréquentant la mosquée où il est imam réclament son retour. Avec le tapage provoqué par cette affaire, rien n’est sûr pour le moment.