L'ayatollah Ali Khamenei appelle les musulmans à « reconsidérer foncièrement la gestion des deux lieux saints » de l'Islam.

Cette année encore, le pèlerinage à la Mecque et à Médine offre le spectacle – et le prétexte – d’une passe d’armes entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, les deux plus grands frères ennemis du monde musulman.

Le Guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a une nouvelle fois exprimé ses critiques à l’égard de l’Arabie Saoudite. Son voisin sunnite accueille en ce moment plusieurs millions de Musulmans venus s’acquitter de leur obligation religieuse de pèlerinage, dans les lieux saints de la Mecque et de Médine, ville de naissance du prophète Mohammed. Objet de l’ire iranienne : la gestion considérée calamiteuse par Téhéran de la sécurité des pèlerins – et des siens en particulier.

Il est incontestable que l’édition 2015 du Hajj s’est avérée désastreuse en termes de pertes humaines accidentelles, une tragédie que Riyad a toujours tenté de minimiser. En effet, les Saoudiens ont totalisé officiellement 769 victimes suite à une gigantesque bousculade. Le décompte des corps rapatriés par les pays d’origine des défunts s’élève, quant à lui, à plus de deux mille morts. Au-delà de la bataille des chiffres, il s’agit de toute façon du bilan humain le plus lourd depuis 1990.

464 Iraniens ont péri à la Mecque en 2015

Et l’Iran a payé le plus gros tribut : sur près de 60 000 pèlerins iraniens, 464 ne seront pas rentrés vivants dans leur pays. Une perte qui passe d’autant plus mal que les prétendants de cette année ont été tout simplement empêchés de faire le voyage en et par l’Arabie Saoudite. Une succession d’affronts qui a incité l’ayatollah à lancer un appel à la oumma, pour qu’elle songe sérieusement à supprimer la mainmise saoudienne sur le pèlerinage annuel. « Du fait de l’attitude oppressive des dirigeants saoudiens envers les invités de Dieu [i.e., les pèlerins], le monde musulman doit reconsidérer foncièrement la gestion des deux lieux saints (…). Sinon le monde musulman sera confronté à des problèmes plus grands », a écrit lundi Ali Khamenei dans son message traditionnel d’avant-pèlerinage. L’attaque iranienne s’est ensuite étendue aux questions de politique étrangère. Ali Khamenei continue son message en insistant sur le fait que les Saoudiens « ne doivent pas échapper à la responsabilité des crimes qu’ils continuent de commettre de par le monde musulman ». Une allusion à peine voilée aux conflits entre sunnites et chiites qui ensanglantent l’Irak, le Yémen et la Syrie.

Bataille de coqs pour la domination régionale

La réaction saoudienne a été immédiate. L’Arabie Saoudite a accusé le jour même l’Iran de chercher à utiliser le rendez-vous saint dans une tentative de manipulation politique. « Les autorités saoudiennes ne veulent pas de pèlerins iraniens, pour des motifs qui les concernent exclusivement », a fait savoir le prince Mohammed bin Nayef par l’agence de presse nationale SPA. « Les Iraniens cherchent à politiser le Hajj et à le dénaturer avec des rites contraires aux préceptes de l’Islam, et qui compromettent la sécurité du pèlerinage », a-t-il ajouté. Les autorités saoudiennes renvoient par ailleurs la balle à l’Iran sur les questions de déstabilisation politique, l’accusant de propager son sectarisme et d’armer des milices pro-chiites en Syrie, au Liban, en Irak et au Yémen. Voire, d’attiser les révoltes au Bahreïn et dans la région de Qatif, au sud du Royaume, où réside une petite communauté chiite. Une volonté de domination régionale imprègne et explique en partie la dureté des échanges.

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