Alger et Tunis, qui se concertent sur le dossier libyen, ont les mêmes préoccupations sécuritaires. La première partage près de 1.000 km de frontière avec la Libye, la deuxième 450 km.

Sur fond de ballet diplomatique intense, Alger exhorte la communauté internationale, en particulier l’ONU, à « prendre ses responsabilités » pour « imposer un cessez-le-feu immédiat et mettre fin à l’escalade militaire » en Libye.

Depuis la récente décision de la Turquie de déployer des troupes en Libye, la diplomatie algérienne multiplie les consultations en vue d’un apaisement de la crise qui menace de s’internationaliser.

Confrontée depuis près d’un an à un important mouvement de contestation populaire, « l’Algérie cherche surtout à préserver sa propre stabilité », analyse Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) de Paris.

« L’Algérie n’a pas intérêt à se retrouver prise au cœur de cette guerre par procuration » en Libye, observe ce spécialiste du Moyen-Orient.

En reconnaissance de son rôle régional, l’Algérie, discrète sur la scène internationale depuis l’AVC en 2013 de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, a été officiellement invitée à la conférence internationale prévue prochainement à Berlin pour tenter d’aboutir à un règlement politique sous l’égide des Nations Unies.

 Non-ingérence

Plongée dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est aujourd’hui déchirée entre deux autorités: le gouvernement d’union nationale libyen (GNA), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et un pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar dans l’Est.

Le GNA de Fayez al-Sarraj a l’appui de la Turquie, tandis que le maréchal Haftar peut compter sur le soutien de l’Arabie saoudite, de l’Egypte et des Emirats arabes unis, rivaux régionaux d’Ankara.

Depuis avril, le GNA fait face à une offensive sur Tripoli du maréchal Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne (ANL).

Ce dernier s’est emparé lundi de Syrte, verrou stratégique entre l’est et l’ouest de la Libye. Jeudi, le maréchal Haftar a salué l’appel au cessez-le-feu lancé par Ankara et Moscou, mais annoncé la poursuite de ses opérations militaires contre les forces pro-GNA.

Pour l’Algérie, qui rejette « toute ingérence étrangère » en Libye, Tripoli est une « ligne rouge à ne pas franchir ». Elle plaide pour « un retour rapide au processus du dialogue national inclusif ».

Les priorités de la nouvelle équipe dirigeante à Alger sont claires: « refus de toute intervention étrangère, renforcement de la sécurité aux frontières, réaffirmation de la souveraineté du GNA et de la légitimité de Fayez al-Sarraj », reçu régulièrement à Alger, détaille le journaliste algérien Akram Kharief, expert des questions de défense.

« Les Algériens sont contre la guerre de Haftar pour Tripoli parce qu’ils sont profondément convaincus que le maréchal ne peut pas la finir », explique à l’AFP le chercheur algérien Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’Institut Clingendael de La Haye.

« Ils pensent qu’il s’agit d’une guerre urbaine ingagnable et sans fin, ce qui veut dire une crise humanitaire grandissante et des vagues de déplacés pouvant affecter la Tunisie et l’Algérie, sans oublier le risque d’une recrudescence du fléau terroriste », souligne-t-il.