C’est un mot-valise qui ne veut rien dire lorsqu’il est employé en France. « Islamisme ». Ce terme a été au centre des interventions du nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, bien aidé par son Premier ministre qui a annoncé un projet de loi « contre les séparatismes ». Dès son premier discours, sur le perron de son ministère, Darmanin avait indiqué que « nous devons être intraitables avec ce que le président de la République a qualifié de séparatisme » et « lutter de toutes nos forces contre l’islamisme politique qui attaque la République ».

Le nouveau Premier ministre a fait de ce texte de loi « l’une de nos préoccupations majeures ». Et si le gouvernement compte s’attaquer à l’islamisme, il risque de se mélanger les pinceaux entre islamisme et culte musulman. Surtout s’il se base sur le rapport sénatorial contenant des propositions contre la radicalisation, qui se basait sur les témoignages de Zineb El Rhazoui, Mohamed Louizi ou encore Mohammed Sifaoui, tous plus islamophobes les uns que les autres.

Alors, quand le nouveau ministre de l’Intérieur indique, pour résumer le texte de loi, que « la loi est toujours au-dessus de la foi », on imagine assez aisément que les musulmans vont, jusqu’à 2022 au moins, servir de chair à canon pour la campagne de réélection d’Emmanuel Macron. Et pour mieux faire passer la pilule, Gérald Darmanin invoque non pas un « ami musulman » mais un père « qui était musulman » et « portait l’uniforme de la République ».

Gérald Darmanin a beau insister sur le fait qu’il ne confond pas l’islamisme « avec nos compatriotes musulmans qui vivent leur foi, et c’est bien logique », cette volonté d’évoquer cette thématique dès son entrée en fonction laisse pantois. « Le projet politique de l’islamisme politique doit être combattu, les financements étrangers doivent être limités. Nous devons imaginer une sécularisation de toutes les religions dans notre pays », a-t-il résumé lors d’une interview sur Europe 1.

Une intervention restée floue, à coup de grandes phrases vides : « Jamais la République ne doit accepter des accommodements, des communautés qui revendiquent d’être en dehors de la République », affirme par exemple Gérald Darmanin qui veut « éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses ». L’année qui arrive risque une nouvelle fois d’être difficile pour les musulmans de France…

Surtout lorsqu’on se souvient que dans son « Plaidoyer pour un islam français », Darmanin, alors maire de Tourcoing, indiquait que « la guerre civile couve » et évoquait un « risque de rupture » entre « les millions de musulmans vivant en France et la République ». Sa solution était : « A l’Islam nous devons imposer une concorde, c’est-à-dire un ensemble de règles, peut-être pour un temps défini, afin de l’assimiler totalement à la République ». Tout un programme.