Depuis plusieurs semaines, l’Union européenne est confrontée à une crise migratoire majeure. Un afflux de migrants et réfugiés, venus principalement du Moyen-Orient, fait pression sur les frontières polono-biélorusses. Une situation complexe qui attise fortement les tensions.

Des vidéos circulent depuis quelques jours sur la twittosphère, o​ù plusieurs centaines de migrants sont visibles. Massés à proximité du point de passage de Kuznica, un village frontalier de la Biélorussie, ils tentent d’entrer illégalement sur le territoire européen. A l’aide de cisailles, ou encore de pelles, ils essaient de forcer les barrières frontalières, pour accéder au territoire polonais. 

De nombreux témoignages ont montré que les gardes-frontières biélorusses ont tiré en l’air, pour créer la panique et faire avancer les migrants, aux portes de l’Union européenne, notamment en Pologne. Cette situation n’est pourtant pas récente. Le ton est certes monté ces derniers jours entre Minsk et Varsovie, mais la frontière entre les deux pays est le théâtre d’une crise migratoire majeure depuis cet été. 

Les sanctions européennes

La crise ​​à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie découle des sanctions imposées par l’Union européenne. En effet, elles font suite à la répression des manifestations ayant suivi la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko en août 2020. Au pouvoir depuis 1994, Loukachenko s’est illustré comme un dictateur, menaçant la stabilité et la paix en Europe ainsi que les droits humains. Il a fait preuve d’une forte répression contre toute opposition à son régime.

Avec une politique étrangère agressive, il continue de défier l’Union européenne. Cette dernière l’accuse d’avoir orchestré la crise migratoire, et instrumentalisé les réfugiés et migrants pour faire pression contre les sanctions internationales.  

Face ​à ces accusations, Alexandre Loukachenko ne décolère pas. Il a menacé l’Union européenne de suspendre le fonctionnement du gazoduc, alimentant l’Europe. Il a dans ce sens déclaré, jeudi 11 novembre « Nous chauffons l’Europe et ils menacent de fermer la frontière. Et qu’est-ce qui se passerait si nous coupions le gaz naturel qui va là-bas? Je conseillerais donc aux dirigeants polonais, aux Lituaniens et aux autre écervelés de réfléchir avant de parler ».

Les menaces biélorusses ne semblent pas ébranler l’Union européenne, qui envisage de durcir les sanctions. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell a affirm​é qu’« Aujourd’hui nous allons approuver un nouveau paquet de sanctions pour les appliquer à d’autres gens, compagnies aériennes, agences de voyage, et tous ceux qui sont impliqués dans l’acheminement illégal de migrants à nos frontières ». 

Quid des personnes migrantes ?

L’instrumentalisation des migrants à des fins politiques a non seulement fait la lumière sur les violations des droits de ces personnes par la Biélorussie, mais a également montré la nécessité de réformer la politique migratoire européenne. 

Tout d’abord, un migrant et un réfugié sont des personnes à part entière. Quelles que soient les raisons ayant poussé leur migration ou leur exil, elles détiennent des droits inaliénables, garanties par la Convention de Genève. Il est donc urgent de garantir le respect de leurs droits, o​ù qu’ils se trouvent. Aussi, il est extrêmement important d’adapter les programmes d’immigration et de gestion des frontières, en tenant compte de facteurs comme la santé ou encore les droits fondamentaux.

L’Union européenne doit adapter sa politique migratoire, et adopter des réformes pour intégrer la migration dans les sociétés afin de réimaginer la mobilité dans tous les secteurs. Une approche humaniste est à préconiser, en dehors de toute démarche sécuritaire et identitaire. La résilience est la clé de voûte, pour assurer une migration sûre et ordonnée.