L’économie française n’aura pas mis longtemps à s’effondrer, heurtée de plein fouet par l’épidémie de Covid-19: dès le premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a plongé, laissant augurer cette année d’une récession d’une ampleur inédite en France.

Le PIB s’étant déjà replié de 0,1% au quatrième trimestre, selon l’Institut national de la statistique (Insee), la France est donc officiellement en récession technique, qui implique deux trimestres consécutifs de recul de l’activité.

La France est le premier pays du G7 à officialiser cette entrée en récession, mais l’Italie et le Japon devraient suivre après être déjà tombés dans le rouge au dernier trimestre 2019. Avec une économie qui a stagné fin 2019, l’Allemagne devrait y échapper de justesse ce trimestre.

Il y a peine un mois pourtant, la Banque de France tablait encore sur une petite croissance de 0,1% au trimestre écoulé, mais c’était avant que l’épidémie ne se propage massivement sur le territoire et que le confinement ne soit imposé le 17 mars.

Sur le seul mois de mars, l’activité a reculé de 17%, se révélant sur les quinze derniers jours inférieure d’environ un tiers (-32%) à la normale, selon la banque centrale française.

Depuis 1945, seul le deuxième trimestre de 1968 avait connu un effondrement « du même ordre de grandeur », note-t-elle. Le PIB avait alors chuté de 5,3%.

Si dans ce contexte d’incertitude elle ne s’avance pas sur une prévision annuelle, elle considère que chaque quinzaine de confinement entrainerait une perte de PIB de 1,5% sur un an.

Le mois d’avril sera « au moins aussi mauvais que la dernière quinzaine de mars », a déjà prévenu le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, sur la radio RTL.

« La croissance sera fortement négative en 2020 », a-t-il encore affirmé, tout en anticipant un « rebond » en 2021.

– « Eviter le naufrage » –

Pour la cheffe économiste de l’OCDE, Laurence Boone, le chiffre avancé par la Banque de France est « un minimum », qui pourrait notamment être aggravé par la baisse de la demande extérieure, a-t-elle expliqué sur France Inter.

Le gouvernement prépare aussi les esprits à un scénario noir cette année. Lundi, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a déjà prévenu s’attendre à une contraction de l’économie « très au-delà » des -2,9% enregistrés en 2009 après la crise financière de 2008, pire performance de l’économie française depuis 1945.

Et le ministre a comparé à plusieurs reprises « le choc » à la grande dépression ayant suivi le crash boursier de 1929, insistant sur l’enjeu: « éviter le naufrage ».

Certains secteurs n’en sont déjà plus très loin, comme ceux du transport aérien ou du tourisme, affectés dès la propagation de l’épidémie en Asie, bien avant le début du confinement en France.

Selon la Banque de France, les pertes d’activité les plus fortes concernent en mars la construction, « avec une baisse à hauteur des trois quarts de l’activité normale », le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration.

L’industrie résiste à peine mieux avec des sites de production qui ont tourné à un peu plus de la moitié de leur capacité en mars.

– « Pas le moment de compter » –

De quoi justifier les centaines de milliards d’euros que le gouvernement est prêt à mobiliser pour soutenir les entreprises et les salaires.

« Aujourd’hui ce n’est pas le moment de compter », a estimé le gouverneur de la Banque de France, ajoutant toutefois que « ceci ne pourra pas durer éternellement ».

« Si on arrive à maintenir un système productif en place, alors on aura une probabilité de rebond un peu plus important », a abondé Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, sur France inter. Mais « si aujourd’hui on ne prend pas les bonnes décisions, alors petit à petit ce tissu productif va se détruire progressivement et là on aura une crise beaucoup plus structurelle », a-t-il prévenu.