Les cours du pétrole s’effondraient lundi matin et subissaient leur chute la plus sévère depuis la guerre du Golfe en 1991 après l’échec des discussions entre la Russie et l’Arabie saoudite, conduisant cette dernière à lancer une guerre des prix du brut.

Après avoir dégringolé de 30% en Asie tôt lundi au point de tomber au plus bas en quatre ans, les prix du brut restaient en chute libre tout en limitant un peu la casse avec -20% dans les échanges européens.

Cette décision spectaculaire et lourde de conséquence a été prise dans la foulée de discussions de l’Opep, qui se sont conclues sans accord vendredi alors que l’épidémie de coronavirus provoque des craintes sur l’activité économique et donc la demande d’or noir.

La Russie, deuxième producteur mondial de pétrole et qui n’est pas membre de l’Opep, s’était opposée à une nouvelle réduction de 1,5 million de barils par jour.

Cette mésentente avait déjà fait plonger les cours du brut de 10% vendredi.

Pour Jeffrey Halley, analyste chez Oanda, « l’Arabie saoudite semble avoir l’intention de punir la Russie », avec sa décision de casser les prix.

Aramco a ainsi vendu son baril d’Arabian Light à un prix sans précédent: 10,25 dollars en dessous du baril de Brent de la mer du Nord, selon l’agence Bloomberg News.

– Onde de choc –

« L’effondrement des prix du pétrole a d’énormes répercussions à l’échelle mondiale, la viabilité financière de diverses entreprises et de divers pays étant remise en question », a estimé Josh Mahony, analyste pour IG.

Les marchés d’actions ont dans la foulée plongé en Asie et dans le Golfe, puis en Europe.

Alors que les Bourses des pays riches en hydrocarbures avaient déjà fortement reculé dimanche, les cotations ont été suspendues au Koweit après que son indice principal a chuté de 9,5% à l’ouverture lundi.

La Bourse d’Arabie saoudite, la plus importante du Golfe, a dévissé de 9,2% à l’ouverture des échanges tandis que le titre du géant pétrolier Saudi Aramco a chuté de 10%, bien en dessous de son prix d’introduction en décembre.

Le marché du pétrole va probablement rester au tapis durant les prochains mois, les rabais de l’Arabie saoudite se conjuguant avec le coup d’arrêt donné à la croissance économique mondiale par le coronavirus, qui a fait chuter la demande d’or noir, a ajouté cet analyste.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a ainsi indiqué lundi que la demande mondiale de pétrole devrait se contracter cette année, pour la première fois depuis 2009, avec une diminution d’environ 90.000 barils par jour (bpj) par rapport à 2019.

Compte tenu de « l’extrême incertitude », elle a aussi publié un scénario plus pessimiste (-730.000 bpj) si les régions affectées prennent plus de temps pour se remettre et que le virus s’étend plus largement.

« Il y a encore un léger espoir que l’Arabie saoudite joue cette carte pour tenter de ramener les membres de l’OPEP+ à la table des négociations avant l’expiration fin mars des réductions de production actuelles, mais il est peu probable que la Russie se plie à une telle tactique », a estimé Bjarne Schieldrop, analyste pour SEB.

Vers 11H20 GMT (12H20 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 35,52 dollars à Londres, en baisse de 21,54% par rapport à la clôture de vendredi. A l’ouverture en Asie, il s’est effondré jusqu’à 31,02 dollars, un niveau plus vu depuis février 2016.

A New York, le baril américain de WTI pour avril dévissait de 22,02% à 32,19 dollars. Vers 04H30 GMT, il est tombé jusqu’à 27,34 dollars, un plus en quatre ans également.