Un Ouïghour, arrêté à son arrivée au Maroc, risque d’être renvoyé en Chine, si le royaume respecte le traité d’extradition signé avec Pékin en janvier dernier.

« S’il est amené à retourner en Chine, mon mari sera emprisonné, torturé ou même tué ». L’appel de détresse de Zaynura sera-t-il entendu par les autorités marocaines ? Hasan, 34 ans, est père de trois enfants. Alors qu’il venait de Turquie, il a été arrêté par la police marocaine et emmené dans une prison près de la ville de Tiflet. Amnesty International raconte que, après son arrestation, Hasan a pu appeler sa femme restée en Turquie. Il « lui a dit qu’il pensait qu’il serait bientôt expulsé vers la Chine », selon l’ONG.

L’inquiétude est grande pour ce Ouïghour, lorsque l’on sait comment sont traités les membres de cette minorité ethnique sur place. Pékin a mis en place de véritables camp de concentration. Les Ouïghours y sont persécutés sous couvert de déradicalisation. « Il est connu de tous que le gouvernement chinois commet un génocide contre les Ouïghours », écrit sa femme dans une lettre. Depuis le 19 juillet, la famille d’Hasan est sans nouvelles de lui.

L’extradition de cet homme pourrait devenir une réalité. Car en janvier dernier, un traité d’extradition entre Pékin et Rabat à été ratifié par la Chine, quatre ans après avoir été signé par les députés marocains. Informaticien, Hasan possède pourtant un permis de séjour turc, mais sa nationalité chinoise risque de lui provoquer un retour forcé à Pékin.

Accusé de terrorisme pour son appartenance ouïghoure

« Les autorités marocaines doivent garantir à Idris Hasan un accès immédiat à un avocat, la possibilité de contester toute mesure d’éloignement, et permettre à sa famille de le contacter pour assurer sa sécurité », exhorte Joanne Mariner, directrice du programme de réponse aux crises d’Amnesty International.

Pour l’ONG, « le principe de non-refoulement garantit que personne ne doit être renvoyé dans un pays où il serait exposé à un risque réel de torture ou d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et d’autres violations graves des droits humains ». Autrement dit, si le Maroc renvoyait Hasan en Chine, il violerait les traités internationaux.

Hasan, sa femme Zaynura et leurs trois enfants ont obtenu des permis de séjour humanitaires en Turquie après que le gouvernement chinois les a accusés de terrorisme « en raison du travail qu’il a déjà effectué pour des organisations ouïghoures ». Selon Amnesty, « la loi chinoise définit le ‘terrorisme’ et ‘l’extrémisme’ de manière trop large et vague, et cela a été utilisé pour réprimer les Ouïghours et d’autres minorités ethniques ».