Alors qu’il a normalisé, en décembre, ses relations avec Israël, le Maroc prend timidement position pour la cause palestinienne. Si la situation ne s’améliore pas, le Maroc reverra-t-il ses accords avec l’Etat hébreu ?

Rabat est dans une situation pour le moins compliquée : six mois après avoir normalisé ses relations avec Israël, contre une reconnaissance par les Etats-Unis de sa souveraineté sur le Sahara Occidental, le Maroc se positionne pour la cause palestinienne. Président du comité Al-Qods, chargé de veiller sur les lieux saints musulmans de la ville de Jérusalem, le roi du Maroc Mohammed VI a d’abord marqué l’actualité par son silence.

Le 9 mai dernier, après les premières violences israéliennes sur l’Esplanade des mosquées, un simple communiqué de presse du ministère marocain des Affaires étrangères a indiqué que « le Maroc, dont le souverain Sa Majesté le Roi Mohamed VI, que Dieu L’assiste, préside le comité Al-Qods, considère ces violations comme un acte inadmissible et susceptible d’attiser les tensions ». Dans ce texte, indique Orient XXI, ne cite pas une seule fois Israël. Le Maroc avait alors appelé à « favoriser le dialogue et le respect des droits ».

Depuis, les Marocains ont montré leur attachement à la cause israélienne, bien loin des largesses diplomatiques du palais royal. Sauf que plusieurs vidéos ont montré que des manifestations pro-palestiniennes, à Rabat et Casablanca, avaient été interdites, et les manifestants avaient été réprimés par les forces de l’ordre.

Du côté des officiels, on tente cependant de montrer une certaine solidarité avec la Palestine occupée. Le chef du gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani, a dénoncé « les violations commises par l’Etat hébreu, qui portent atteinte aux droits légitimes du peuple palestinien et à son aspiration à la liberté et à l’indépendance ». Il a par ailleurs rappelé que « le Maroc place la question palestinienne et Al-Qods acharif en tête de ses préoccupations et au même rang que sa cause nationale ».

Le ministère des Affaires étrangères indique, lui, que « le royaume est fidèle à la solution de paix à deux Etats » avec « la création d’un Etat palestinien sur la base des frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Critiqué pour son mutisme, le roi du Maroc a fini par donner « des instructions pour l’envoi d’une aide humanitaire d’urgence au profit de la population palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, composée de 40 tonnes de produits alimentaires de première nécessité, de médicaments de soins d’urgence et de couvertures », affirment les autorités marocaines.

Face à la pression de son peuple, profondément pro-palestinien, et devant les exactions commises une nouvelle fois par Israël, le roi du Maroc semble bien embarrassé. Ce qui se joue actuellement en Palestine met à mal les relations récentes entre l’Etat hébreu et le royaume chérifien, qui risque de redéfinir l’accord de normalisation. Des manifestations et conférences ont déjà été reportées. Et David Govrin, le chef de la mission diplomatique d’Israël au Maroc, a fini par quitter Rabat le week-end dernier, officiellement pour raisons personnelles.

Nul doute que si les violences et agressions israéliennes se poursuivent, le Maroc devra revoir sa copie. Mais le peut-il vraiment ?