Le Mali, où des élections générales sont promises par les militaires ayant pris le pouvoir, est ébranlé par une profonde crise politique depuis les législatives de mars-avril, qui s’ajoute à un climat d’insécurité dû notamment aux attaques jihadistes.

Une coalition hétéroclite de chefs religieux, politiques et de la société civile, le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali (M5-RFP), réclamait le départ du président Keïta, élu en 2013 puis réélu en 2018 pour cinq ans.

Législatives contestées

Le 26 mars 2020, le chef de l’opposition Soumaïla Cissé est enlevé en pleine campagne législative, rapt sans précédent d’une personnalité de cette envergure.

Le 29, malgré l’apparition du coronavirus, le premier tour est maintenu. Le second tour a lieu le 19 avril. Le vote est marqué par des enlèvements d’agents électoraux, le pillage de bureaux de vote et l’explosion d’une mine qui fait neuf morts.

Le lendemain, la Cour constitutionnelle inverse une trentaine de résultats, dont une dizaine au profit du parti du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », générant des manifestations début mai.

Alliance contre « IBK »

Le 30 mai, l’influent imam conservateur Mahmoud Dicko, des partis d’opposition et un mouvement de la société civile nouent une alliance inédite qui appelle à manifester pour réclamer la démission du président. Ils dénoncent l’impuissance du pouvoir face à l’insécurité, le marasme économique et la décision de la Cour constitutionnelle.

Le 5 juin, les Maliens descendent par milliers dans la rue contre le président.

Le chef de l’Etat reconduit à la mi-juin le Premier ministre Boubou Cissé et le charge de former le nouveau gouvernement, puis ouvre la porte à un gouvernement d’union nationale.

Le 19, des milliers de Bamakois réclament à nouveau la démission du président.

Les 7 et 8 juillet, le président indique qu’il pourrait nommer au Sénat des candidats aux législatives initialement déclarés vainqueurs puis donnés battus par la Cour constitutionnelle, et ouvre la voie à un réexamen de la décision de la Cour constitutionnelle sur les législatives.

Les dirigeants de la contestation rejettent les gestes du président.

Week-end meurtrier

Le 10 juillet, une manifestation à l’appel du Mouvement du 5 juin, placée sous le signe de la « désobéissance civile », dégénère en attaques contre le Parlement et contre la télévision nationale, puis en trois jours de troubles civils, les plus graves qu’ait connus Bamako depuis 2012.

L’opposition évoque un bilan de 23 morts et plus de 150 blessés. Le Premier ministre parle de onze morts et l’ONU de 14 manifestants tués.

Echec des médiations

Le 18 juillet, la contestation rejette un compromis proposé par une médiation ouest-africaine conduite par l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan prévoyant le maintien au pouvoir du chef de l’Etat.

Le mouvement annonce le 21 juillet une trêve dans son mot d’ordre de désobéissance civile afin que la fête musulmane de l’Aïd al-Adha se déroule dans le calme.

Le 27, les dirigeants de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest appellent les Maliens à « l’union sacrée ». Elle menace de sanctions ceux qui s’opposeront à son plan de sortie de crise, qui prévoit le maintien au pouvoir du président Keïta, mais prône un gouvernement d’union et des législatives partielles.

Mais deux jours plus tard, le plan essuie un triple revers: l’opposition réclame à nouveau le départ du président et rejette la main tendue par le Premier ministre. Une trentaine de députés, dont l’élection est contestée, refusent de leur côté de démissionner comme le leur ont demandé les dirigeants ouest-africains.

Le 12 août, des milliers de personnes se rassemblent à Bamako, réclamant la démission du président.

Le 13, la contestation rejette une proposition de Goodluck Jonathan pour une rencontre avec le président Keïta.

Coup d’Etat

Le 17 août, l’opposition annonce de nouvelles manifestations dans la semaine pour réclamer le départ du président, avec en point d’orgue l’occupation d’une place symbolique au coeur de Bamako.

Dans la nuit du 18 au 19, une mutinerie de soldats se transforme en coup d’Etat. Les militaires qui ont pris le pouvoir poussent le président Ibrahim Boubacar Keïta à la démission. Ils promettent d’organiser des élections générales « dans des délais raisonnables » afin de « permettre au Mali de se doter d’institutions fortes ».