Dans la matinée du jeudi 30 décembre 2021, une opération d’évacuation d’un campement de migrants se transforme en rixe avec les forces de l’ordre. Ces expulsions, devenues récurrentes à Calais, témoignent du renforcement du dispositif sécuritaire de la politique migratoire française.

Dans un communiqué, la préfecture du Pas-de-Calais explique la tournure prise par cette opération de démantèlement, au cours de laquelle des policiers et migrants ont été blessés. « Des policiers et des gendarmes ont fait face, dans le cadre d’une opération d’évacuation à une centaine de migrants faisant preuve d’une très grande agressivité et refusant de quitter les lieux ». Elle affirme que « les forces de l’ordre ont été la cible de nombreux jets de projectiles. Une quinzaine de policiers et gendarmes ont été blessés et pris en charge par les services de secours ».

Cette opération, visant un camp de 200 migrants environ, devait comme à l’accoutumé, procéder à l’évacuation des migrants pour la libération des lieux. Pour Emma, membre du réseau inter-associatif Human Rights Observers, présente sur place, lors du déroulement des faits, « les forces de l’ordre ont ordonné aux agents de nettoyage de tout saisir et un cordon de CRS s’est créé à 9h30 ». Les policiers n’ont pas autorisé les personnes présentes sur les lieux à récupérer leurs affaires, les prenant en chasse pour les faire sortir du périmètre.

Le déploiement d’un important et imposant dispositif sécuritaire pour cette opération à Calais reflète le durcissement de la politique migratoire en France. Pis encore, les personnes migrantes sont de plus en plus visées par ce type d’opérations, en cette période hivernale. Outre les violations flagrantes et quotidiennes de leurs droits et libertés, les autorités refusent d’ouvrir des hébergements d’urgence pour abriter ces personnes, en cette saison hivernale.

Plusieurs associations de défense des droits humains et d’aide aux personnes migrantes ont dénoncé ces évacuations de camps sans proposition de mise à l’abri. Le plan Grand froid, prévu lorsqu’une région est soumise à un temps glacial n’a pas été activé. Les démantèlement se poursuivent, en dépit des promesses du patron de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), qui avait assuré que chaque évacuation serait suivie d’une proposition d’hébergement.

La France adopte une ligne de conduite de plus en plus dure envers les personnes migrantes, arrivées sur son territoire illégalement. En réalité, même les personnes résidant légalement, se retrouvent souvent confrontées à des situations difficiles et à la lenteur dans les préfectures, pour leurs procédures administratives. Ce durcissement, voulu par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, traduit la dérive française en matière de protection et respect des droits, des libertés et de la dignité de tout un chacun.

Depuis l’arrivée de Gérald Darmanin, l’ensemble des questions relatives aux droits des étrangers sont traitées avec beaucoup de fermeté. Le durcissement des conditions d’accueil pour les demandeurs d’asile, la multiplication des opérations d’expulsion des sans-papiers ou encore la lenteur des procédures pour le regroupement familial ont été observées. La rupture souhaitée par le locataire de la Place Beauvau est brutale et sans précédent.