Le père de Marlène Schiappa, l’historien Jean-Marc Schiappa, est le co-créateur d’une « vigie de la laïcité ». Il reproche au gouvernement l’arrêt de l’Observatoire de la laïcité.

Dans la guerre qui oppose Marlène Schiappa à l’Observatoire de la laïcité, c’est une nouvelle bataille qui commence. Et cette fois, c’est une affaire familiale qui agite l’actualité. Alors que le gouvernement a ordonné l’arrêt de l’Observatoire de la laïcité, notamment sous la pression de la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la Citoyenneté, les opposants à l’Observatoire tirent à balles réelles sur Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène. D’un autre côté, des soutiens à l’organisme se mobilisent pour éviter que la fin de l’Observatoire n’ouvre pas la porte à des dérives de la part de la frange laïciste du gouvernement.

Le 4 juin, au moment de l’arrêt de l’Observatoire, le gouvernement expliquait souhaiter que les mesures de la loi séparatismes « soient mises en œuvre de façon diligente par toutes les administrations dès l’adoption prochaine du texte ». En lieu et place de l’organisme, « il a donc décidé de créer un comité interministériel, qui aura pour finalité de coordonner l’action du Gouvernement afin de s’assurer du respect et la promotion du principe de laïcité par l’ensemble des administrations publiques ».

« Comment imaginer qu’un comité interministériel va déjuger l’action des ministères qui le composent ? », s’étonne Jean-Marc Schiappa, père de Marlène Schiappa, mais surtout historien et président de l’Institut de recherche et d’étude de la libre-pensée. Avec une douzaine d’autres personnalités, Jean-Marc Schiappa a publié, le 10 juin dernier, une tribune dans Le Monde pour annoncer la création de la Vigie de la laïcité, qui doit être « un organisme indépendant et citoyen » censé apporter « une expertise fondée sur la raison, la connaissance et le débat critique ».

Sur son blog Mediapart, Jean-Marc Schiappa écrit, à propos de l’Observatoire de la laïcité : « Le contribuable que je suis aussi voit avec un œil disons amusé la disparition de l’Observatoire de la Laïcité dont tout le monde assure qu’il ne coûtait rien ou presque en faisant beaucoup et son remplacement par un comité interministériel dont on peut deviner qu’il coûtera beaucoup et qu’il ne fera rien que reproduire les circulaires ministérielles ».

« Regarder ailleurs, c’est être complice »

Le but est de faire en sorte que le principe de laïcité soit respecté, notamment par le gouvernement. « De nos jours, la laïcité est souvent manipulée, comme si elle devait – et pouvait à elle seule – résoudre tous les problèmes de la société. Elle est alors une ressource utilisée pour mener des combats idéologiques et politiques, elle divise… au lieu de rassembler », écrivent les signataires de la tribune, qui ajoute que « la laïcité présente deux pôles en étroite interaction : la neutralité au niveau de l’Etat, la liberté de conscience et d’expression à celui de l’espace public et de la société civile ».

Parmi les personnalités qui lancent la fameuse vigie, on retrouve, outre Jean-Marc Schiappa, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, mais également le spécialiste de la laïcité, l’historien Jean Baubérot, le sociologue Michel Wieviorka, Radia Bakkouch, de l’association Coexister, ou encore Valentine Zuber.

Quant à Jean-Marc Schiappa, il a beau être le père de la principale opposant de l’Observatoire de la laïcité, il est bien décidé à ne pas laisser le pouvoir dévoyer le principe de la loi de 1905. « Ce n’est pas une mince chose, dans le climat maccarthyste actuel, il faut prendre ses responsabilités. Regarder ailleurs, c’est être complice. J’ai donc signé cette tribune », explique-t-il.