Un appel anonyme à manifester ce vendredi a été lancé au Maroc, par des citoyens opposés à l’accord de coopération militaire, signé entre Israël et le royaume mercredi dernier.

Les manifestations s’enchaînent au Maroc, entre exigences d’un régime républicain, refus du pass sanitaire, cherté de la vie, réformes de l’éducation… la visite, mercredi, du ministre israélien de la Défense Benyamin Grantz, surnommé « le boucher de Gaza », arrive au mauvais moment pour le pouvoir marocain, qui semble ne rien pouvoir refuser à son allié.

Ainsi donc, plusieurs appels à manifester ont été lancés par des activistes marocains, contre l’accord militaire signé entre le Maroc et Israël en marge de cette récente visite de Grantz. Des appels qui, cependant, restent timides, à la suite des interdictions systématiques du pouvoir marocain de toute manifestation pro-palestinienne, en l’occurrence celles de mars et de mai derniers.

En effet, les jeunes Marocains restent craintifs. La question de la normalisation des relations avec Israël relève, désormais, pour la monarchie marocaine, de ces nombreux tabous à l’instar de la question sahraouie, ou de la guerre froide avec l’Algérie voisine. Sans oublier, évidemment, l’activité massive des armées digitales pro-israéliennes dans l’espace web marocain.

Une autre visite israélienne au Maroc

De quoi, donc, diluer la demande populaire au Maroc d’un soutien de la cause palestinienne qui ne semble plus figurer sur l’agenda de Mohamed VI. En effet, recevoir un énième émissaire de l’entité sioniste était déjà un acte grave. Mais Benyamin « Benny » Grantz est l’un des symboles des crimes de guerre d’Israël en Palestine. En 2020, fraichement nommé ministre, Grantz avait instigué une loi empêchant la restitution des cadavres de Palestiniens tués par l’armée israélienne. Mais, surtout, il était personnellement à l’origine de l’ordre des bombardements de Gaza en mai dernier, qui avaient fait des centaines de morts, dont 59 enfants.

Voix isolée au Maroc, l’Observatoire marocain contre la normalisation a qualifié l’alliance militaire signée avec Grantz de « recul sans précédent » des positions politiques de la monarchie marocaine. Le Front marocain de soutien à la Palestine, quant à lui, dénonce l’accord militaire. Des gestes symboliques, alors que le Maroc ne cache plus son amour d’Israël. Du 12 au 15 décembre prochains, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) conduira une délégation de soixante-dix chefs d’entreprises à Tel-Aviv. La CGEM et son homologue israélienne, la IEBO (Israeli Employers and Business Organizations), ont déjà créé en mars 2021 un Conseil d’affaires Maroc-Israël destiné à accompagner les projets d’investissement. La société d’espionnage israélienne NSO, à l’origine du scandale Pégasus, est bien établie à Rabat. Et désormais, avec le récent accord, la société d’armement israélienne Blue Bird Aero Systems compte installer une usine sur le sol marocain.

L’Algérie en colère

Ce dernier détail a, lui, suscité la colère de l’Algérie, dont le président du Sénat, Salah Goudjil, a déclaré que son pays se sentait « visé » par la visite de Grantz au Maroc. « Aujourd’hui, les choses sont claires avec la visite du ministre de la Défense de l’entité sioniste au Maroc, après celle effectuée (en août) par le ministre des Affaires étrangères de cette entité dans ce pays voisin », a déclaré Goudjil. « Les ennemis se mobilisent de plus en plus pour porter atteinte à l’Algérie », dénonce l’homme d’Etat algérien.

De son coté, le quotidien l’Expression constate que « ce pas de plus dans la compromission (…) ouvre la voie au Mossad israélien pour poser les deux pieds à la frontière ouest de l’Algérie, avec tout ce que cela suppose comme menace sur la sécurité de tout le Maghreb ». De quoi, outre l’énième coup de poignard à la cause palestinienne, envenime davantage les relations entre les deux voisins maghrébins.