Les Suisses ont voté en faveur de l’interdiction du voile intégral. Un coup porté aux libertés des femmes.

La Journée internationale des droits des femmes, ce 8 mars, a été l’occasion de nombreux discours en direction de la gent féminine. La veille, la Suisse envoyait un message clair aux musulmanes : elles auront bientôt l’interdiction de se dissimuler le visage, et donc de porter le voile intégral. Une votation qui était à l’initiative de l’extrême droite. Amnesty International voit dans cette décision une discrimination à l’encontre des femmes musulmanes.

Cyrielle Huguenot, responsable droits des femmes au sein de la branche suisse de l’ONG, dénonce le climat islamophobe de l’autre côté de la frontière : « Après la votation sur l’interdiction des minarets, les électeurs et électrices suisses ont à nouveau approuvé une initiative qui discrimine une communauté religieuse en particulier, et qui alimente inutilement la division et les craintes ».

Au-delà de l’islamophobie, ce sont en particulier les femmes qui sont visées. Au nom d’une liberté qui est loin d’en être une… « L’interdiction du voile intégral n’est pas une mesure visant la libération des femmes. Il s’agit au contraire d’une dangereuse politique symbolique qui viole la liberté d’expression et de religion », affirme Amnesty International.

L’initiative approuvée par les électeurs, l’ONG demande désormais aux dirigeants politiques et au gouvernement « de soutenir sans équivoque les droits fondamentaux des minorités religieuses du pays, et de s’engager pour une cohabitation pacifique. Les autorités doivent prévoir des mesures pour garantir que l’interdiction du voile intégral ne marginalise pas les femmes concernées et ne les exclue pas de l’espace public ».

Il faut dire que le débat qui a entouré la votation a été particulièrement nauséabond. « En Suisse, seule une poignée de femmes musulmanes dissimulent leur visage. Le problème invoqué par les initiants est donc largement fantasmé: la plupart de ces femmes sont des converties qui portent le niqab de leur plein gré, résume Amnesty. La loi permet déjà de punir quiconque oblige une personne à se dissimuler le visage. Une interdiction manquerait donc sa cible et causerait du tort à celles qu’elle prétend sauver : les quelques femmes contraintes par leur mari ou leur communauté de porter le voile intégral risquent d’être criminalisées et isolées ».

Pendant ce temps, l’extrême droite suisse jubile. « Nous nous réjouissons. Nous ne voulons pas qu’il y ait un islam radical dans notre pays », indique le président de l’UDC Suisse. Lors de la campagne pour le oui, les initiants ont beau eu dire qu’ils n’étaient pas islamophobes et que ce n’était ni la burqa ni le niqab qui étaient visés mais la dissimulation du visage, les slogans anti-islam ont montré toute l’hypocrisie de la classe politique.

De quoi décevoir les principales concernées. « En plus d’être inutile, ce texte est raciste et sexiste. Nous pensons qu’en 2021, en tant que féministes, il n’est pas acceptable que la Constitution suisse ait un article qui prescrive ou interdise une tenue aux femmes quelle qu’elle soit », résume simplement Ines El-Shikh, porte-parole du collectif de féministes musulmanes « Les foulards violets »