François Hollande et Manuel Valls seront ce soir au dîner du Crif, qui représente les institutions juives de France. Est-ce une bonne idée ?

Une nouvelle fois, le dîner du Crif va attirer du beau monde. 800 personnes vont se bousculer pour participer à cet événement du Conseil représentatif des institutions juives de France. Créé en 1985, le dîner du Crif attire chaque année des hommes politiques de haut rang. Pour cette 31e édition, le Premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande seront présents, au moment même où la définition de la laïcité reste très vague. Etait-ce vraiment le moment, pour les politiques, de se montrer dans un tel événement ?

Y participer, pourquoi pas..

Oui, si l’on considère comme Roger Cukierman qu’il s’agit d’un dîner « républicain » qui veut prendre la forme d’un « dialogue entre le président de la République et les dirigeants de la communauté juive où nous pouvons exprimer nos sentiments et nos préoccupations. » Oui, s’il s’agit de parler des actes antisémites qui ont, certes, baissé en 2015 en France de 5 %, mais qui « restent cependant à un niveau élevé, avec 806 actes constatés », selon Bernard Cazeneuve. Oui, s’il s’agit de parler au nom de toutes les communautés, car les actes antimusulmans ont, eux, explosé l’année dernière.

.. mais attention au message envoyé

Sauf que, cette année, le dîner du Crif est très politisé. Pour preuve, les dirigeants du Front de gauche ne sont pas invités, à cause de leur soutien à la campagne BDS, qui prône le boycott des produits israéliens. Le Front national n’est pas non plus de la partie. François Bayrou, en 2012, avait décidé de ne plus y participer, souhaitant éviter les « réunions communautaires, quelle que soit la communauté qui invite. » Les Verts et les communistes ont, eux, bien souvent été exclus, Roger Cukierman ayant pris soin de dénoncer, avec toute la mesure qui le caractérise, l’« alliance brun-vert-rouge », mettant fascistes, écologistes et communistes dans le même sac.

Roger Cukierman est-il fréquentable ?

Un Roger Cukierman qui ne devrait pas être fréquentable, ses sorties « dieudonnesques » étant nombreuses. Malgré tout, il réussit chaque année à attirer nombre de dirigeants politiques. A un moment où l’union entre juifs et musulmans de France serait un plus pour la France nous reviennent les phrases lancées par le président du Crif au journal israélien Haaretz. Lui qui estime que « toutes les violences antisémites sont commises par des jeunes musulmans » avait déclaré quelques années auparavant, à propos du Front National, que l’élection de Le Pen en 2002 « servirait à réduire l’antisémitisme musulman et le comportement anti-israélien, parce que son score est un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles. »

Une laïcité à deux vitesses

Il y a peu, Manuel Valls était déjà intervenu lors d’une rencontre des Amis du Crif. Il avait alors donné sa vision de la laïcité et s’était désolidarisé de l’Observatoire de la laïcité. « Aujourd’hui, sur le terrain et Internet, beaucoup de musulmans parlent d’une laïcité à deux vitesses et ils n’ont pas totalement tort », expliquait peu de temps après un élu socialiste d’Île-de-France, qui estimait que « le Premier ministre, avec ses prises de positions, accentue ce sentiment. » Pour le parlementaire, « parler laïcité lors d’un dîner du Crif, ce n’est pas très malin. » D’autant que Manuel Valls se rend très disponible pour le Crif, rarement pour les organisations musulmanes de France.

Le CFCM sera présent

Cependant, force est de constater que le Crif souffle le chaud et le froid à nos politiques. Or, cette année, Roger Cukierman a réussi à inviter les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui avaient refusé d’y participer en 2015 suite au propos du président du Crif. « Depuis l’arrivée à la tête du CFCM d’Anouar Kbibech, nous avons vraiment le sentiment que les choses ont changé », estime Roger Cukierman, qui estime que son homologue musulman parle « beaucoup plus clair » que Dalil Boubakeur, l’ancien président du CFCM. Et si Roger Cukierman veut entamer un dialogue avec le CFCM, nul doute que les dirigeants politiques se plieront à sa volonté.

Mehdi Chaouali

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