La Pologne imposera désormais un délai de prescription pour les Juifs réclamant des biens spoliés. Israël juge le texte antisémite.

La restitution des biens spoliés aux juifs polonais pendant la Shoah sera limitée dans le temps. La Pologne a en effet voté une loi qui prévoit un délai de prescription de trente ans pour réclamer des biens spoliés. Or, ce texte concerne évidemment particulièrement, sans la citer, la communauté juive polonaise et ses descendants, qui a vu ses biens confisqués par les nazis, avant que ceux-ci ne soient, en général, nationalisés. Le pays se dédouane ainsi de la période de la Seconde guerre mondiale et impute la faute au régime allemand. Non sans une certaine virulence. « Tant que je serai Premier ministre, la Pologne ne paiera certainement pas pour les crimes allemands, pas un zloty, pas un euro, pas un dollar », avait indiqué en juin dernier le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

La signature de la loi polonaise a en tout cas provoqué un véritable incident diplomatique avec Israël et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis. Pour le ministre israélien des Affaires étrangères, « la Pologne a approuvé (…) une loi immorale et antisémite ». Yair Lapid estime que ce n’est pas la première fois et il juge « honteuse » l’attitude de Varsovie. Le Premier ministre, lui, promet des conséquences diplomatiques terribles. « Il s’agit d’une mesure grave à laquelle Israël ne peut pas rester indifférent », a indiqué Naftali Bennett qui a d’ores et déjà rappelé son chargé d’affaires en Pologne et demandé à l’ambassadeur de Pologne en Israël « de rester en vacances dans son pays » et de ne plus remettre, pour le moment, les pieds en Pologne.

Israël affirme que « la Pologne est devenue ce soir un pays antidémocratique et antilibéral qui ne respecte pas la plus grande tragédie de l’histoire humaine ». Du côté des Etats-Unis, on proteste également. Le chef de la diplomatie Anthony Blinken a fait part de sa « profonde inquiétude » et précise que le texte signé par la présidence polonaise touchera particulièrement les « survivants de la Shoah et leurs familles ». Les descendants de la communauté juives ont mis du temps à réclamer la restitution de leurs biens, la Pologne n’ayant jamais entrepris de démarche claire allant dans ce sens. La loi votée par Varsovie est également l’occasion, une nouvelle fois, de ne pas reconnaître implication de la Pologne dans l’extermination des juifs polonais en pleine occupation allemande.