La fachosphère s’inquiète du nombre de naissances de bébés de parents musulmans en 2020. De quoi rappeler à ses adeptes que la théorie du « Grand remplacement » est toujours d’actualité.

Le magazine d’extrême droite Causeur s’inquiète de « ce que sera la France dans quinze ou vingt ans ». Se basant sur un article du non moins à droite Français de souche, le magazine d’Elisabeth Lévy raconte comment le « Grand remplacement », une théorie chère à Renaud Camus, continue à se mettre en place en France. Pour la sixième année consécutive, Fdesouche a décidé de faire peur dans les chaumières en publiant son « baromètre du prénom musulman ». Le principe est simple, quoi que très hasardeux et peu scientifique : en se basant sur les chiffres de l’Etat Civil relatifs aux prénoms attribués aux enfants nés en France depuis 1900 par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), Fdesouche réussit à connaître le pourcentage de naissances de bébés musulmans l’an dernier.

Le calcul ferait bondir n’importe quel statisticien ou démographe : Fdesouche s’est créé « un référentiel des prénoms musulmans ». Bien évidemment, les Mohamed, Zakaria ou Nour sont comptabilisés comme des musulmans à 100 %, car selon le journal en ligne, ce sont des « prénoms musulmans certains ». Pour d’autres prénoms, le site de la fachosphère s’est inventé une règle difficile à suivre : les prénoms mixtes — Sarah, Ismael ou Lilia, par exemple — ont compté « pour moitié dans le décompte des prénoms musulmans ». Une Sarah sur deux serait donc musulmane.

Surprise : la Seine-Saint-Denis accueille plus de musulmans que la Creuse

C’est donc avec ces postulats n’ayant aucune légitimité scientifique que Fdesouche a réussi à calculer le taux de naissances musulmanes en France, et département par département. Le magazine en ligne estime à 21,73 % le taux de naissances de bébés musulmans au niveau national. Derrière ce chiffre, il s’agirait pour Fdesouche d’une bonne nouvelle. Car ce taux de croissance « parait ralentir », puisqu’il serait en baisse de 0,7 points depuis 2000. A ce rythme, pas de « Grand remplacement » en vue. Mais attention car Fdesouche a décidé que « le taux national d’octroi de prénom musulman en France corrigé serait environ de 25 % (…) en raison de son caractère incertain ». Sans trop savoir pourquoi, donc, le taux est revu à la hausse.

L’objectif est bien évidemment de faire peur et de mettre en avant, sans la citer, la théorie du « Grand remplacement ». Mais aussi de viser certains département, dont le taux de naissances musulmanes dépasse la moyenne nationale : Fdesouche évoque « le record pour la Seine Saint Denis qui dépasse les 55 % » ou la forte présence de populations musulmanes dans le Sud ou dans des « départements à tradition industrielle ».