Au moment des discussions sur la loi « séparatisme », le ministre de l’Intérieur compte dissoudre Génération identitaire. Il était temps…

Il aura fallu du temps à l’Etat pour se rendre compte de la dangerosité de Génération identitaire. Voilà plusieurs mois que la dissolution du groupuscule fasciste est réclamée. En septembre dernier, des élus communistes lyonnais avait demandé une action de l’Etat pour mettre fin aux agissements de l’organisation, qui a pignon sur rue à Lyon. Trop occupé à dissoudre des ONG musulmanes, comme BarakaCity ou le CCIF, le ministre de l’intérieur s’est finalement enfin penché sur le dossier.

Le 14 février, le ministère de l’Intérieur a en effet annoncé mi-février le lancement d’une procédure de dissolution du groupuscule d’extrême droite. Sous la pression des élus et associations, Gérald Darmanin a longtemps hésité. Et ce ne sont pas les déclarations d’un ancien porte-parole du mouvement qui appelait les Juifs à la « réimmigration » ou les actions anti-musulmanes qui ont fait accélérer le mouvement.

Du côté de Génération identitaire, en pleine crise sanitaire, on a manifesté contre cette prochaine dissolution. « Nous sommes un mouvement de jeunesse qui souhaitons mettre en lumière nos thématiques », se défend Thaïs D’Escufon, la porte-parole de Génération identitaire. Pourtant, les propos et actions du groupuscule sont souvent hors-la-loi et la dissolution du mouvement ne devrait être qu’une simple formalité.

Mais Darmanin a temporisé. Avant de dissoudre le groupuscule, il a lancé une enquête préliminaire pour « provocation publique à la haine raciale ». Le président de Génération identitaire, Clément Gandelin, a jusqu’à demain pour « apporter des éléments nouveaux » pour mettre fin à la demande de dissolution. Mais pourquoi avoir autant attendu ? Les démarches du ministère de l’Intérieur arrivent au moment où la loi « séparatisme » est discutée et doit être votée. Une façon, sans doute, de montrer que le texte n’est pas simplement destiné aux musulmans.

Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite, estime que « cette dissolution n’est qu’un signal politique qu’envoie le ministre de l’Intérieur. En s’attaquant à Génération Identitaire, le gouvernement montre qu’il a l’ambition de lutter contre tous les séparatismes et pas seulement l’islam radical ».

Reste cependant que, forts du soutien de Marine Le Pen, les membres de Génération identitaire n’auront pas de mal à créer de nouvelles structures. Des mouvements groupusculaires d’extrême droite, il en existe de nombreux. On estime à 3 000 le nombre de ces fascistes, mais ils bénéficient d’une belle couverture médiatique offerte par BFMTV, CNEWS et les autres, qui se sont faits les relais de l’extrême droite.

Une fois dissoute, Génération identitaire continuera d’exister dans les discours médiatiques.