« Les gens commencent à paniquer. Nos familles sont là-bas, coincées entre les camps de concentration et le virus, on ne sait pas ce qu’ils deviennent, s’ils ont à manger, s’ils ont des masques », explique la sociologue française d’origine ouïghoure Dilnur Reyhan.

Une pétition sur Change.org et de multiples prises de position sur les réseaux sociaux en témoignent et appellent la communauté internationale à s’emparer de la question, à commencer par l’Organisation mondiale de la santé(OMS, WHO en anglais).

Interrogé sur les mesures de prévention éventuelles prises dans ces centres, le gouvernement du Xinjiang n’a pas répondu.

« Si la communauté internationale échoue à obtenir de la Chine des mesures adéquates pour empêcher l’épidémie dans la région, la nature de son réseau massif de camps de concentration et de travaux forcés ajoutera une toute autre dimension au génocide en cours des Ouïghours par la Chine », proclame la pétition, qui demande « la libération de 3 millions de Ouïghours avant la propagation de l’épidémie aux camps de détention ».

Sinon « les conséquences seront catastrophiques (…) étant donné les informations sur ces camps faisant état de surpeuplement, famine, travail forcé, abus sexuels et torture », poursuit-elle.

– « Désastre » potentiel –

Dans un communiqué publié fin janvier, le Congrès ouïghour mondial (WUC) s’inquiète également des risques encourus au « Turkestan Oriental » (terme utilisé par les séparatistes ouïghours pour désigner le Xinjiang), et surtout dans les camps, où les gens sont « vulnérables et affaiblis en raison des mauvais traitements et abus du gouvernement chinois », souligne son président Dolkun Isa.

Cette opinion est partagée par des sinologues et des experts.

L’immunologue français Norbert Gualde dit ainsi « ignorer précisément dans quelles conditions vivent les Ouïghours et autres détenus des camps chinois ». Mais, pour lui, une détention n’est jamais le meilleur environnement pour lutter contre la maladie: « Il y a de bonnes raisons de penser que leur détention est synonyme de promiscuité imposée, de stress, de dépression, de peur, toutes circonstances favorisant la transmission de virus entre ceux contraints à demeurer enfermés ».

Et de toute façon, « les conditions d’internement, aussi +bonnes+ soient-elles, ne peuvent que retentir négativement sur le psychisme et, par là, altérer les facultés naturelles de défense aux micro-organismes et de lutte contre la maladie », souligne-t-il.

« Le coronavirus pourrait donner une toute autre dimension à la crise du Xinjiang », a abondé dans un tweet, après la confirmation du premier cas de coronavirus au Xinjiang, le sinologue Adrian Zenz, auteur d’études ayant jeté la lumière sur les camps de détention.

Un de ses pairs, James Millward, également connu pour ses prises de position en défense des Ouïghours, lui a répondu: « Se prémunir contre les épidémies étaient l’une des cinq conditions requises dans le manuel de Zhu Hailun (ancien chef local du parti communiste) pour la mise en place des camps. Mais l’exiguïté, le manque d’hygiène, le froid, les systèmes immunitaires déprimés – tout cela pourrait être un énorme désastre », estime-t-il, pressant la Chine d’ouvrir les portes des « camps et baraques de travail forcé ».

Selon l’agence officielle Chine Nouvelle, au total 55 patients contaminés par le nCov-2019 avaient été recensés dans la région autonome lundi soir, sans aucun décès à déplorer.

Chine Nouvelle précise qu’un premier groupe de trois patients guéris, tous résidant au Xinjiang, a pu quitter l’hôpital mardi.