Depuis le début de la crise du Covid-19, le nombre d’inhumations de musulmans a augmenté, notamment à cause des difficultés de rapatrier les corps dans les pays d’origine.

En avril 2020, la plateforme L.E.S Musulmans lançait un plan d’action pour répondre aux besoins et aux inquiétudes de la communauté musulmane face aux morts du coronavirus. « Il y a urgence, il faut qu’on se mobilise ensemble, pour que nos morts puissent être enterrés dignement, en France », écrivait alors le mouvement. Car la crise sanitaire qui court depuis un an et demi a accentué un peu plus un problème qui existait déjà en France : le manque de carrés musulmans.

En 2018, alors que l’on ne parlait pas encore de coronavirus, Nadim Ghodbane, de l’Association familiale stéphanoise pour la réhabilitation du carré musulman de Côte-Chaude à Saint-Etienne, indiquait qu’il « y a toujours beaucoup de défunts dont les corps sont rapatriés, mais c’est très cher et les pays en question commencent à ne pas voir cela d’un bon oeil, car il y a aussi un manque de place là bas ».

Or, les rapatriements, avec la crise sanitaire, ont pour la plupart été interdits par les pays musulmans, à l’instar de l’Algérie, qui a dû fermer longuement ses frontières. Selon le CFCM, en temps normal, environ 80 % des défunts se font enterrer dans leur pays d’origine. En France, on ne compterait que 600 carrés musulmans, sur environ 35 000 cimetières.

Des augmentations du nombre d’inhumations dans les carrés musulmans

De quoi poser un problème, quand on sait que, « ces dernières années il y a eu la volonté de plus en plus forte de Français musulmans d’origines étrangères, de se faire enterrer en France », comme l’explique Nadim Ghodbane qui parle notamment des convertis, qui ne peuvent se faire enterrer ailleurs.

Ce manque de carrés musulmans est un vrai problème politique : depuis une circulaire de 1991, il revient aux maires de décider de la création de carrés confessionnels au sein de leurs cimetières. Et les maires sont quelque peu frileux quand il s’agit de prévoir des carrés musulmans. Problématique pour un pays qui concentre la plus grande communauté musulmane de l’Union européenne.

La crise du Covid-19 a donc été dommageable pour les musulmans, même si l’interdiction des statistiques ethniques empêche de savoir combien de musulmans ont réellement été touchés par des décès dus au coronavirus dans leur famille. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que la mortalité a été importante chez les immigrés maghrébins.

« On peut en déduire qu’en effet, les immigrés de confession musulmane ont été beaucoup plus touchés par l’épidémie de Covid », résumé Michel Guillot, chercheur à l’Ined, à Reuters.

Les associations musulmanes ont reçu de nombreux appels de détresse de musulmans voulant enterrer un de leurs proches dans un carré musulman. Dans certaines régions, le nombre de morts dans la communauté a doublé. Dans le Val-de-Marne, les inhumations dans les carrés musulmans ont augmenté de 125% entre 2019 et 2020.

De quoi relancer le débat sur les carrés musulmans en France. Après la crise, nul doute que les responsables politiques devront prendre ce problème à bras le corps.