Alors que le Maroc et l’Algérie multiplient les déclarations hostiles, depuis la normalisation des relations entre le royaume chérifien et Israël, en France, c’est la question de l’islam qui les oppose.

Le Maroc et l’Algérie se disputent l’« islam de France ». Si ce n’est pas nouveau, depuis décembre et l’annonce de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, les deux pays poursuivent une politique agressive d’influence. Ce ne sont pas les dernières révélations du Point, concernant l’implication d’un agent des services secrets marocains dans la tentative du royaume chérifien d’accroître son contrôle sur l’islam de France. Cet agent, indique le journal algérien TSA, « est soupçonné d’avoir été pendant plusieurs années l’agent traitant du président du CFCM » et serait derrière « tous les grands projets de ces dernières années pour asseoir l’influence du Maroc sur de nombreuses mosquées françaises et contrer ainsi les intérêts du rival algérien ».

Entre le Maroc et l’Algérie, la tension est montée d’un cran dans les milieux musulmans français. Notamment le 11 novembre dernier : la Grande mosquée de Paris, sous la coupe algérienne, affirmait ne pas avoir été invitée à la célébration de l’Armistice du 11 novembre. Ce à quoi le président du CFCM avait rétorqué qu’il s’agissait là de « l’instrumentalisation théâtrale d’une prétendue non invitation à la cérémonie du 11 novembre ». Sans le montrer, les  dirigeants des deux institutions jouaient donc à une réédition de la guerre Maroc-Algérie.

Ces deux pays tentent depuis plusieurs années désormais de mettre la main sur les organisations musulmanes. Si une majorité de musulmans a toujours déploré la mise en place d’un « islam consulaire », le CFCM avait réussi à s’accommoder de l’influence de la Turquie, du Maroc ou encore de l’Algérie en proposant une présidence tournante. Mais le Maroc a fini de mettre la main sur cette organisation. Comme le prouve Le Point, un travail en coulisse a été effectué par le royaume pour consolider cette mainmise.

Côté algérien, le contrôle des mosquées de France est également un véritable enjeu. En finançant la construction de certains lieux de culte — à Tours, Toulouse ou Marseille —, l’Algérie tente de reprendre une place que le Maroc lui conteste. Avec un million d’euros annuels versés par l’Etat algérien à la Grande mosquée de Paris, Alger consolide aussi son influence sur l’institution parisienne. Selon Abdallah Zekri, l’aide algérienne à la communauté musulmane « a triplé durant ces derniers mois », expliquait-il récemment.

«Le bras de fer entre les deux pays sur le terrain de la religion en France n’est que la traduction des divergences politiques existantes. Et si, globalement, il existe dans ce pays une cohabitation entre toutes les nationalités sur le registre de la foi musulmane, il n’en est rien pour les deux pays qui essayent chacun de récupérer une part du terrain qu’il estime sienne», résume l’islamologue Mohamed Darif dans la presse marocaine.

Avant d’ajouter que « le Maroc a compris depuis quelques années que sa politique d’avant, limitée à l’envoi d’imams marocains et une présence lors des occasions religieuses, était aussi vaine que peu appréciée de la part des pays de résidence des Marocains résidant à l’étranger. D’où la nouvelle réflexion sur de nouvelles formes d’influence, dont le Conseil des oulémas est un des reflets ».

De plus en plus opposés, le Maroc et l’Algérie ont fait de la France un de leurs terrains de jeu. Mais ils doivent aussi composer avec un Etat français de plus en plus omniprésent dans les affaires internes du culte musulman.